30.05.2012
Envoi n°64. Joan-Maria Petit."Bauca/Herbe des garrigues, Arbre del matin/Arbre du matin, La pastra/La bergère".
Bauca
Avèm dormit sus la bauca
dins l'amor de miègjorn
e las cabras del cèl
acaptadas d'aledas
tombavan dins la mar
de nòstra patz rossèla.
Bauca de la tèrra
e del cèl
dins l'estiu que s'acaba
al ras de nòstra set.
Herbe des garrigues
Nous avons dormi sur l'herbe des garrigues
dans l'amour de midi
et les chèvres du ciel
habillées d'asphodèles
tombaient dans la mer
de notre paix blonde.
Herbe de la terre
et du ciel
dans l'été qui s'achève
aux bords de notre soif.
Arbre del matin
A penas sortit de la nuèit
t'adralhas
amb un manat d'aucèls
e corduras la prima
d'un fial leugièr de nèblas.
Lo riu que te remira
te parla de matin e de nius.
Lo vent es encara endormit dins ta fuèlha.
Es ora d'aiga
al pus prigond de la tèrra e del cèl...
Siam consents.
Arbre du matin
A peine sorti de la nuit
tu prends le chemin
avec une poignée d'oiseaux
et tu couds le printemps
d'un fil ténu de brouillards.
La rivière qui t'admire
te parle de matin et de nuages.
Le vent est encore endormi dans tes feuilles.
C'est l'heure d'eau
au plus profond de la terre et du ciel...
Nous sommes consentants.
La pastra
Dins lo fialat del vent
traucan las nius e lo camin
se dobrìs al relarg de l'estiu matinièr...
La pastra a dins la man
un brot d'avelanièr
e mena son tropèl
al fremin de las fonts
dins lo temps de son còr
e lo polsar dels arbres...
La bergère
Dans le filet du vent
passent les nuages et le chemin
s'ouvre au large de l'été matinal...
La bergère tient dans la main
un bâton de noisetier
et conduit le troupeau
au frémissement des fontaines
dans le temps de son cœur
et la respiration des arbres.
Joan-Maria Petit* Erbari/Herbier. Version francesa de l'autor. Editions Jorn. 2011
* cf. notice (envoi n°63).
11:46 | Lien permanent | Françoise
23.05.2012
Envoi n°63. Joan-Maria Petit " Correjòla/Liseron, Acacia/Acacia"
Correjòla
T'ai fach un vestit de folhum
per las nòças del vent
e danças
liura pè descauç
sus la tèrra doça dels meus
que t'ai donada
liura ja de nosautres.
Lo sorelh es a tu.
Liseron
Je t'ai fait un vêtement
de feuillage pour les noces
du vent
et tu danses libre
pieds nus
sur la douce terre des miens
que je t'ai offerte
libre déjà de nous.
Le soleil est à toi.
Joan-Maria Petit Erbari Herbier . Version francesa de l'autor. Editions Jorn. 2011.
Acacia
Que rage lo lach e lo mèl
de la tèrra de Canaan
vengue lo vent
embalsamat de nòvias
e los nòvis de mai
fòls de sòmis de carn
avèm tot perdonat a l'ivèrn
e lo sorelh nos pren
dins lo fialat traucat
de las flors d'acacia.
Siam liures a non plus.
Acacia
Que coule le lait et le miel
de la terre de Canaan
vienne le vent
embaumés de fiancées
et les fiancés de mai
fous de rêves de chair
nous avons tout pardonné à l'hiver
et le soleil nous prend
dans le filet troué
des fleurs d'acacia.
Nous sommes libres à jamais.
Joan-Maria Petit Erbari Herbier .Version francesa de l'autor. Editions Jorn. 2011.
-
" Issu d’une famille de vignerons, Joan-Maria Petit est né en 1941. Ses origines campagnardes vont le marquer tant dans son éducation que dans ses choix personnels. Après de brillantes études, il s’est spécialisé dans l’oralité occitane dont il va devenir la principale référence universitaire en tant qu’ethnographe ou dialectologue. Quant à son œuvre poétique, elle peut se répartir en deux grands volets : une dizaine d’années fiévreuses et militantes (1970/1980), et puis, après un long silence de 25 ans, une renaissance à partir de 2005 avec six parutions bilingues aux éditions Letras d’òc et Jorn.» extrait du site Revue Texture
-
Jean-Marie Petit aux éditions Jorn : http://www.editions-jorn.com/auteurs-petit.htm
-
Jean-Marie Petit dans la Revue Texture : http://revue-texture.fr/spip.php?article467
15:22 | Lien permanent | Françoise
16.05.2012
Envoi n°62. Pierre Dhainaut. A ce qui nous devance, dit le poème...
(…)
Ouvrir la porte, ouvrir les bras,
sur le seuil tu identifies
les vents complices, les oiseaux,
s'ils s'envolent, ne s'effarouchent pas :
ils se dispersent, ils t'orientent,
tu apprendras la langue de l'espace
dans le soulèvement des ailes
sans t'effrayer s'ils se dérobent à la vue.
Inerte, épaisse, tu vas beaucoup trop vite,
au lieu de juger cette flaque
incline-toi vers elle,
les doigts qui la frôlent, timides,
intrépides, réveilleront les ondes,
les ondes s'élargissent :
le miroir remercie l'âme fraîche,
sans images, sans rives.
Bien sûr, ce n'est pas la neige
qui tombe des arbres, qui recouvre l'humus,
au Bois des dunes, au début de l'été,
mais en prononçant « neige », à peine
desserres-tu les lèvres, tu ressuscites
tous les hivers d'enfance :
sans limites, le présent,
flocons, pétales, tu trouveras demain
suffisamment d'air en toi-même
pour les disséminer,
jusqu'où ils iront, tu iras.
Aucun orme, aucun frêne,
pourtant tu verras mieux la route
si tu dis « l'orme », « le frêne »,
as-tu besoin de nombreuses syllabes
au royaume des souffles
partout comme en toute saison ?
« pierre » aussi patiemment
t'enseignerait la bienvenue.
(…)
Tu te souviens de « vulnéraire »,
mais ce qu'il signifie, tu te demandes
où tu l'as lu, et quand, le son répondra,
il restituera le sens si tu l'écoutes
avec plus de tendresse,
alors tu embrasses les paumes, tu calmes,
entre deux strophes, un vide, une blessure :
le baume, la fleur, quand nous désespérions
un vocable espérait pour nous.
(...)
Pierre Dhainaut A ce qui nous devance, dit le poème... in Vocation de l'esquisse. Encres d'Isabelle Raviolo. Editions La Dame d'Onze heures. 2011. pages 11, 12,16.
-
Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un petit poème? » :
envoi n°18 Un chemin d'arbres, envoi n°19 Le Bienvenu in Plus loin dans l'inachevé. Editions Arfuyen. 2010 ; envoi n°61 Avec «Joie» nous dirions «Ressac» in Vocation de l'esquisse.
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