16.05.2018
Envoi n°346. Marilyne Bertoncini "Phi-dias... La chaîne des lettres à mot comptés..."
Phi-dias[1]
dans l’îlot clair découpé par la lampe
au creux de la ténèbre où ma pensée te cherche
Je trace la caresse
de ton nom
(…)
La chaîne des lettres
à mots comptés t’amène à moi
Tu froisses la soie tiède de l’immense joue bleue
du crépuscule
bruissante encore de cigales
dans les tamaris roses
vers le surplomb rocheux de l’étroite
falaise
Du large
comme un fantôme
l’île est un frémissant navire
bateau des Phéaciens pétrifiés dans la rade
Le croiseur, arrivant du large, était tout proche ;
il passait en vitesse :
l’Ebranleur de la terre fit un pas,
étendit la main et, le frappant,
l’enracina au fond des eaux
comme un rocher.[2]
Marilyne Bertoncini « La dernière œuvre de Phidias ». Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI. Lyon. 2017, pages 5, 8 &9.
[1] « De Phidias, fils de Charmidés, ainsi qu’il avait signé sur le socle d’une statue à Athènes, au V° siècle avant J-C, on ignore presque tout.(…) Le mot « exil » a sans doute fait naître dans mon imaginaire l’idée qu’il finit sa vie dans l’île de Lemnos, attaché à chercher jusqu’à la fin, dans les veines des marbres bruts, le visage des dieux.» (4ème de couverture).
[2] « Les citations en italique alignées à droite sont extraites de « L’Odyssée », dans la traduction de Victor Bérard, Les Belles Lettres, Paris, 1924, et des « Fragments » d’Héraclite dans « Les Présocratiques », traduction P. Dumont, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1988. » page 33.
18:25 | Lien permanent | Françoise
09.05.2018
Envoi n°345. Jude Stéfan "p.médiéval"
p. médiéval
je
ne me sens bien qu’en mai
chante le troubadour Senhal
aubépins et marronniers pour
ma dame au genou cicatrisé
à trois dévôts me préfère
d’oser baiser ses paupières
ivres nous endormons dans l’amitié
ayant gardé ses blancs souliers
tes menus seins ensoleillés
sous un dizain de délyre
Jude Stéfan Génitifs, collection Blanche in Petit Printemps portatif,
quelques poèmes présentés par Guy Goffette. Nrf Gallimard. 2002.
19:05 | Lien permanent | Françoise
02.05.2018
Envoi n°344. Mireille Privat "Nous de l'Europe".
Nous de l’Europe
Nous de l’Europe aux âpres parapets
Nous n’avons pas perçu des frères dans
ces rats de cale dans
ces pieds écorchés dans
ces mains de plaies.
Nous avons redouté l’image de ces autres
Car nous ne pouvions pas nous reconnaître en eux.
Mais Aylan est mort, échoué sur la plage
Nous avons reconnu son jean et ses tennis
Nous l’avons intégré aux nôtres et nous avons frémi.
Mireille PRIVAT «Amours d’herbes et de vagues » Editions du Panicaut. 4, rue Louise Michel. 29200 Brest.
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