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05.02.2014

Envoi n°144.Yvon Le Men "Trois femmes vêtues d'orange..."

Pour Bonel Auguste

 

Mourir

          c'était plus simple

 

                   mais Dieu n'a pas voulu

                     alors je suis obligée de vivre

 

                              (Anonyme, Haïti, janvier 2010)

 

Trois femmes

vêtues d'orange

éclairent le trottoir

 

à la place de la lune

 

elles balaient dans le sens

des aiguilles de la montre

qui ne marcherait pas

 

de la terre qui ne tourna plus

 

dans son cadre

sur son axe

ce jour

 

cette seconde qui dura toute une nuit

 

trois femmes vêtues d'orange

éclairent

à la place de la lampe

 

la nuit de Port-au-Prince

 

dans leur dos

les gravats du tremblement de terre

tombent

 

l'un après l'autre sur le trottoir

 

comme tournent

les aiguilles de la montre

jusqu’à la fin des temps

 

Yvon Le Men Fragmentations, éclats in Sous le plafond des phrases. Éditions Bruno Doucey. 2012

 

 

Le mot de l'éditeur

Port-au-Prince, 12 janvier 2010.

Un séisme sans précédent dévaste Haïti. Des immeubles s'effondrent sur des gens sans défense. Un pays tout entier est plongé dans l'horreur.(...)

12 janvier 2010. Ce jour-là, je suis resté de l'autre côté de l'océan, valise en main, dans l'incendie des dépêches et le fracas des solitudes. Je ne dormirais pas à Port-au-Prince où je devais rejoindre le festival ÉtonnantsVoyageurs. Je ne verrais pas mes amis haïtiens. Pas plus qu'Yvon Le Men (…)

Sous le plafond des phrases n'aurait jamais vu le jour sans le séisme du 12 janvier. Resté à Lannion,Yvon s'inquiète pour ses amis.(...)Quelques jours après le drame, le sachant sain et sauf, il écrit au jeune poète Bonel Auguste (à qui ce recueil est dédié).

 

 

 

 

21:32 | Lien permanent | Françoise

29.01.2014

Envoi n° 143. Saigyo "Poèmes de ma hutte de montagne", pour le Nouvel An (année du Cheval).

n'est-ce pas

      parce que mon cœur s'attache

encore aux choses

     que le monde plus que jamais

me semble désagréable ?

 

 

spontanément

     chaque fois que je puise de l'eau

à la source rupestre

     où ma silhouette se reflète

mon cœur est lavé

 

 

 

à travers la brume

      filtre 

le chant d'un rossignol   

     loin des regards du monde

 ma retraite montagnarde au printemps

 

 

 

marchant sur un chemin 

     où il n'y a personne

 tandis que le soir tombe

      pour m'accompagner

 les sauterelles élèvent la voix

 

                               SAIGYO (1118-1190). Poèmes de ma hutte de montagne.

                               Éditions Moundarren.1992.

 

 

 

19:57 | Lien permanent | Françoise

22.01.2014

Envoi n°142. Jacques Darras "les poires"

     les poires

 

est-ce pomme

est-ce poire

le fruit défendu

(le fruit d’Ève fendue)

qu'Adam consomma

toutes lèvres confondues

au verger des plantes

Dieu a répondu :

c'est le fruit du pêcher

c'est la pêche charnue

qu'en mon jardin j'ente

- - les pommiers sont déçus

les poires déshespérues

 

Jacques Darras Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique.

Poèmes inédits. nrf Gallimard. 2004

 

 

23:29 | Lien permanent | Françoise