08.01.2014
Envoi n°140. Odile Caradec ""Que faire pour occuper des mains..."
Que faire pour occuper des mains
pendant toute une vie ?
Sinon modeler de la terre,
des poèmes, des notes
et du charnel aussi
C'est pourquoi il faut les garder
de toutes les atteintes
et la nuit les cacher
au plus profond du lit
Préserver à tout prix
l'extrême pointe de nos doigts
là où est le toucher
ce Finistère de nos corps
Was tun, um Hände ein Leben lang
zu beschäftigen ?
wenn nicht Erde formen
Gedichte, Noten
und Körper
Deshalb muss man sie
vor jeder Gefährdung bewahren
und sie nachts ganz tief
im Bett verbergen
Um jeden Preis
die Fingerkuppe schützen
wo der Tastsinn ist
das Finistère unserer Körper
Odile Caradec Livres de poésie Livres de peu de bruits in République Terre/Republik Erde, deutsch von/traduit en allemand par Rüdiger Fischer. Illustration/illustré par Claudine Goux. Éditions Odile Verlag. 2013 www.odile-verlag.de
20:10 | Lien permanent | Françoise
01.01.2014
Envoi n°139. Pierre Dhainaut "Confiance, dit le poème".
Confiance, dit le poème.
Il vient de l'urgence, c'est toujours la nuit
tant que l'on ajoute à la mort
des supplices, des massacres,
il n'oublie rien, ni les cris ni les plaintes
ni le silence qui étouffe,
en écoutant ici, en lui plus loin que lui,
il élargit le poing jusqu'à la paume,
il n'a pas froid contre les murs,
pour les traverser il leur parle,
avec un peu d'air sous les portes
il a ce regard d'un enfant
face aux vents du rivage,
l'essor de l'arbre et l'envol des oiseaux
ensemble, il fend les pierres,
jamais il ne meurtrit l'espace :
confiance, dit le poème, dans chaque poème,
dans le matin libre, le souffle imprévoyant,
il a besoin seulement de nos lèvres.
Pierre Dhainaut
20:49 | Lien permanent | Françoise
25.12.2013
Envoi n°138. Philippe Jaccottet "Plus qu'aucune autre saison..."
Plus qu'aucune autre saison, j'aime en ces contrées l'hiver qui les dépouille et les purifie. Une saison pour les anges, à condition d'oublier les fades images à quoi les religions en vieillissant les rabaissent (petites créatures roses, joufflues ou fantômes sans nerf), et de les imaginer tels qu'ils peuvent simplement être, s'ils sont : puissances promptes et limpides, navettes aveuglantes éternellement occupées à tisser, au-delà de toute allégresse, l'étoffe de la lumière.
Philippe Jaccottet Paysages avec figures absentes. nrf. Poésie Gallimard. 1997.
12:03 | Lien permanent | Françoise
