14.05.2014
Envoi n°158. Colette Nys-Mazure "Cette enfance en toi..."
Cette enfance en toi
qui s'attarde et qui saigne
genoux couronnés irrités au rugueux du tissu
granges soleilleuses rondeurs tiédeurs fables
et greniers
taillis rivières pentes rousses mousses
Cette enfance traversière
quasi improbable sous l’œil du temps
te relie te rapatrie
rend droit de cité
à tous les moi épars chaotiques
Cette enfance buissonnière
t'enchante et te berce
lorsque croissent les méprises
te remonte à niveau d'âme
au détroit de l'horreur
Enfance, ta terre promise sourcière
Poésie, parole passerelle entre toi et moi, vous et nous, loin, ici.
Un être s'ouvre sur le monde, tous sens aux aguets ; une main se tend non pour saisir, fixer,
mais pour caresser, délivrer. Vive célébration.
Parole cri, surgie des entrailles humiliées ; protestation haut lancée, honneur rendu.
Fraternité phréatique sans orgueil ni fatras.
Poème debout.
Colette NYS-MAZURE
In Revue n° «100 ENTRE JOIE(S) ET COLÈRE(S) par RENÉ ROUGERIE
SOMMAIRES ( I à 99 ) LES POÈTES DE POÉSIE PRÉSENTE.»
Éditions ROUGERIE. 1997
22:55 | Lien permanent | Françoise
07.05.2014
Envoi n°157. Colette Nys-Mazure "Jeux de Clartés"
JEUX DE CLARTÉS
Et des jardins d'enfance
quand ruisselle l'averse
l’été en cascade
miel et lumière
Tapis d'herbe drue
le corps à l'aise
entre les graminées
une abeille sur la reine-claude échouée
D'un jour à l'autre
de cet âge au mien
verbe soutenu
fil de la vierge dansant sous les souffles
Colette Nys-Mazure. Arpa, Revue de Poésie. N°109.
www.arpa-poesie.fr/
23:07 | Lien permanent | Françoise
30.04.2014
Envoi n°156. Georges-Emmanuel Clancier "Complainte des fées".
COMPLAINTE DES FÉES.
Nous vivons des contes de fées
Rouges verts qui pincent le cœur.
Notre mystère est bien surfait
Mais elle est vraie notre douleur.
Bel oiseau de la nuit
Belle armée de la pluie
Belle ombre de l'ennui
Bel œil noir de mon puits
Sommes belles de nuit.
Nous savons charmer les orvets
Tirer carrosse d'une fleur
Nous sommes les filles d’Orphée
Mais notre mère est la douleur.
Bel oiseau de la nuit
Belle armée de la pluie
Belle ombre de l'ennui
Bel œil noir de mon puits
Sommes belles de nuit.
Nous jouons à des jeux secrets
Où tout le temps l'on perd l'on pleure
Nos yeux sont neiges sans regrets
Mais que brûle notre douleur.
Bel oiseau de la nuit
Belle armée de la pluie
Belle ombre de l'ennui
Bel œil noir de mon puits
Sommes belles de nuit.
Nos confidents sont feux follets
Pauvres et laids nés de la peur
N'avons pour amants que reflets
Mais elle est vraie notre douleur.
Bel oiseau de la nuit
Belle armée de la pluie
Belle ombre de l'ennui
Bel œil noir de mon puits
Sommes belles de nuit.
Dès que s'étirent les volets
Sur les chaumières du bonheur
Nos pas s'effacent dans les blés
Mais elle est là notre douleur.
Bel oiseau de la nuit
Belle armée de la pluie
Belle ombre de l'ennui
Bel œil noir de mon puits
Sommes belles de nuit.
Georges-Emmanuel Clancier Une voix in Anthologie de la poésie française du XXe siècle. nrf Poésie/ Gallimard. 2011
23:58 | Lien permanent | Françoise
