http://www.xiti.com/ ID de suivi

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15.10.2025

Envoi n°678. Janine Modlinger " Comment écrire sans porter atteinte au silence ?" ...

 

  Il importe, pour l’essentiel, de lever les yeux.                                  Pierre-Albert Jourdan                                                                                                                     

(…)

     Comment écrire sans porter atteinte au silence ?

     L’excès de mots obscurcit l’âme, freine la vie – elle qui a 

besoin de souffle, du grand souffle du large.

     Peintres chinois qui dessinent une simple branche, lais-

sant sur la page un vaste espace de blanc, grand silence où 

elle resplendit.

     Sables bruns allongés bordés de mer, s’étirant jusqu’à 

l’horizon entre ciel et eau. Le cri des mouettes, sans rompre 

le silence, le ponctue d’un chant qui vient se fondre dans 

l’univers.

     Cet être parle. Ses mots viennent, on le sent, de très loin, 

des terres d’enfance, des gouffres traversés, des instants priés, 

un à un accueillis à l’intérieur de soi.

     Sa parole vient du silence et y retourne, le garde, l’élève.

     Sa parole porte loin, vous transforme.

     Lien intime entre le silence et la vie des profondeurs. Dans 

un lieu bruyant, un café par exemple, si nous regardons les 

visages avec l’attention que chacun appelle, nous les embras-

sons dans leur dimension plénière en laquelle chaque visage, 

chaque existence, chaque geste apparaît, malgré le bruit, en-

touré d’un halo de silence.

     Halo de silence, où chaque être surgit en son périple uni-

que, entre vie et mort.

     La contemplation d’une œuvre picturale – Rembrandt, 

 Giotto, Morandi – la musique lorsqu’elle nous permet d’ha-

 biter la vie, intensifient en nous la qualité du silence.

      C’est alors que les barrières se dissolvent, c’est alors qu’a 

 lieu le plus précieux de nos vies : l’ouverture.

      Peu importe la quantité de mots, de pages, de livres : il 

 s’agit de tout autre chose.

      D’une ascèse. D’un silence porté en soi, ce lieu du mû-

 rissement.

      D’un silence contemplé.

 

     Une grange emplie de lumière, volets de bois ouverts au 

 vent, l’odeur de sapins et de miel, de roches et de bêtes y fleu-

 rit, ample et vaste. Ouverte au souffle.

      Un être serait un jour, sans le savoir, devenu cette grange 

 de lumière et de silence.

 

  Janine Modlinger Eblouissements, préface de Gérard Bocholier, éditions Ad Solem Poésie, 2014, pages 30,31 & 32.

 

N.B. : A propos du livre La danse hassidique, textes de Janine Modlinger, fusains de Akiva Modlinger, éditions Ad Solem, 2025. https://www.editionsadsolem.fr/product/130970/la-danse-ha...

     Interview diffusée lundi 13/10 à 9 heures sur le site www.rcnradio.info.

  • Janine Modlinger dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°20 ; envoi n°359 « Profusion » ; envoi n°360 « Nous avons marché » ; envoi n°394 « Ma demeure est le présent » ; envoi n°395 « Si grande, la beauté, … » ; envoi n°645 « Sur l’écriture » ; envois n° 677 & 678 : extraits de « Éblouissements », Ad Solem, 2014.

 

  • Janine Modlinger : ébauche de bibliographie : « Veille », Harmattan, 1998 ; « Bernard Picard, le don d’une présence », Biblieurope, 1998 ; « De feu vivant », éditions Eclats d’encre, 2008 ; « Une lumière à peine. Carnets », préface de Gérard Bocholier, Editions de l'Atlantique, 2012 » ; « Eblouissements », préface de Gérard Bocholier, Ad Solem, 2014 ; « Traversée » Poésie, Ad Solem, 2018 ; « D’une lumière neuve », Ad Solem, 2023.

 

 

22:26 | Lien permanent | Françoise

08.10.2025

Envoi n°677. Janine Modlinger "Apprentissage de la vie."...

 

 Il importe, pour l’essentiel, de lever les yeux.

                                     Pierre-Albert Jourdan

 

(…)

      Apprentissage de la vie. Prendre pour modèles le végétal, l’eau, le vent. Tout ce qui va et respire, danse et reçoit, traverse et s’offre.

 

      Ouvrir un livre de Gustave Roud, aussitôt baigner dans cette lumière dorée, dans ces blés en feu, ces visages de moissonneurs jaillis de l’été, le don de la saison et des corps en lesquels le poète a puisé sa nourriture essentielle.

     On se sent proche de lui, comme accueilli par un ami qui s’avance et vous tend les bras dans une communion avec le monde, une même célébration du « quotidien miracle ».

     Cette joie côtoie pourtant une inquiétude qui n’a cessé de le tarauder : la présence de l’ombre, de la séparation, de la mort, la venue de l’hiver, « désert de la pure solitude humaine ».

     Et l’on salue la grandeur de cet homme qui a porté sans faillir l’inexorable dualité.

 

     « Il est sentinelle dans la pénombre d’une ferme… Il descend dans le sommeil d’autrui. Il va au fond des ténèbres. Il cherche… Il murmure la grande litanie fraternelle… Ainsi il répond à toutes les créatures qui gémissent leur rapide printemps… » En ces mots, Maurice Chappaz, dans son introduction à Halte en juin, évoque Gustave Roud. Tout est dit. Faux-semblants et vanité sont écartés. Le poète n’est pas quelqu’un qui se délecte de jolis mots. Il est une sentinelle qui fraternise avec la douleur de l’humain.

 

(…)

     Au sommet des arbres, comme de pitoyables lanternes, les dernières feuilles d’automne – toutes de jaune encore – se balancent au vent, tandis que la neige tombe en lenteur sur le trottoir. J’aime ce décalage de la saison, cette surprise, cette fantaisie, où se trouve le délice de tout ce qui n’est pas ajusté à l’ordonnance de l’habitude.     

     Car ce décalage invite à célébrer la créativité, l’inédit, toutes choses qui honorent la vie à propos de laquelle le poète Roberto Juarroz disait qu’en ce monde il y a une fête secrète que nous oublions de voir.

 

           Janine Modlinger Eblouissements, préface de Gérard Bocholier, éditions Ad Solem Poésie, 2014, pages 28 & 34.

 

 

  • Janine Modlinger dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°20 ; envoi n°359 « Profusion » ; envoi n°360 « Nous avons marché » ; envoi n°394 « Ma demeure est le présent » ; envoi n°395 « Si grande, la beauté, … » ; envoi n°645 « Sur l’écriture ».

 

  • Janine Modlinger : ébauche de bibliographie : « Veille », Harmattan, 1998 ; « Bernard Picard, le don d’une présence », Biblieurope, 1998 ; « De feu vivant », éditions Eclats d’encre, 2008 ; « Une lumière à peine. Carnets », préface de Gérard Bocholier, Editions de l'Atlantique, 2012 » ; « Eblouissements », préface de Gérard Bocholier, Ad Solem, 2014 ; « Traversée » Poésie, Ad Solem, 2018 ; « D’une lumière neuve », Ad Solem, 2023.

 

22:21 | Lien permanent | Françoise

01.10.2025

Envoi n°676. Henri MICHAUX. "La Ralentie".

LA RALENTIE

 

     Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n’a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu’on sait. On n’a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d’air. On a le sourire du sabot. On n’est plus fatiguée. On n’est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n’a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son œuf, on a posé ses nerfs.

     Quelqu’un dit. Quelqu’un n’est plus fatigué. Quelqu’un n’écoute plus. Quelqu’un n’a plus besoin d’aide. Quelqu’un n’est plus tendu. Quelqu’un n’attend plus. L’un crie. L’autre obstacle. Quelqu’un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou ?

     Ne peut plus, n’a plus part à rien, quelqu’un.

     Quelque chose contraint quelqu’un.

     Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu’un n’aime pas ses compagnons de voyage. N’a pas choisi, ne reconnaît pas, ne goûte pas.

     Princesse de marée basse a rendu ses griffes ; n’a plus le courage de comprendre ; n’a plus le cœur à avoir raison.

     … Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c’est vous. Le ciel est noir et c’est vous. Le verre casse et c’est vous.

     On a perdu le secret des hommes.

     Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit « Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid partout !

     Oh, fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

     On a son creux ailleurs.

(…)

 

     Henri MICHAUX  Lointain intérieur (1938) in L’espace du dedans, pages choisies. Nrf Gallimard, 1973.

  • Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°37 « Poteaux d’angle » in « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 « En respirant » in « La Nuit remue » ; envoi n°275 « Ecce Homo » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°276 « si on connaissait la sensation de base des autres… » in « Poteaux d’angle ; envois n°431 « Dans la grande salle… » & 432 « Les fantômes du jour… » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°675 « Clown » in Peintures ; envoi n°676 « La Ralentie » in « Lointain intérieur ».

 

 

15:10 | Lien permanent | Françoise