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04.06.2025

Envoi n°660. Raphaële George "Faire un monde avec rien."

 

Faire un monde avec rien.

C’était l’enfance.

Jette-toi dans la mort, rien n’est détruit.

Et dans nos mains l’affranchissement des insectes qu’on

écrase sans crainte, étonnés seulement par les petites

taches brunes sur les doigts.

     *

 

Je tire à moi les mots,

je ne suis pas dedans.

Un drap rêve dans ma nuit

comme un enfant mort.

     *

 

Reste l’errance quand la foi totale est coupée du verbe et

que le verbe au-delà de la chair devient plus que le signe

de la vie et fait de nos yeux la sépulture de tous nos morts

qui poussent en nous sous la peau du visage jusqu’à ce

que nous les rejoignions, jusqu’à ce que d’autres après

nous, sachent le prix de la Présence.

     *

 

La nuit annone

un visage intérieur

visage qui ne peut ignorer

la façon dont je mourrai

difficile de l’accueillir

et je sens précisément

qu’une telle figure

n’est visible que pour m’être donnée.

 

Refuser ce regard

occulterait

une mémoire lointaine, totale

une mémoire qui sait

ce qui me fonde

et pourquoi je deviens.

     *

(…)

 

Raphaële George (1951-1985) En écrivant la vie me quitte Carnet Editions Unes, 2025.

https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html

https://www.editionsunes.fr/

 *Raphaële George dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°147, février 2025.

« Nous inaugurons cette année poétique avec un carnet inédit de Raphaële George, disparue il y a tout juste 40 ans, en 1985, à l'âge de 34 ans. En 2017, nous avions donné à lire Je suis le monde qui me blesse, son journal qui rendait compte de l'incandescence de sa trajectoire brisée. La publication de ce carnet retrouvé dans les archives de l'autrice poursuit ce travail éditorial et nous plonge au cœur du mystère de cette œuvre si familière, si profonde, en quête de nuit, dont les échos nous atteignent avec une lucidité bouleversante. »

                                                       Il y a bien dans mes yeux                                                                                                                                                                                                        une tristesse qui remue

                   mais personne pour garder le miroir.

 

https://www.editionsunes.fr/

« Raphaële George (de son vrai nom Ghislaine Amon), est née le 2 avril 1951 à Paris. Son premier livre, Le Petit Vélo beige, paraît en 1977 aux éditions de l’Athanor. Suivent de nombreuses publications en revue (sous le nom de Ghislaine Amon ou celui de Laure Slausky) ainsi que des articles de critique littéraire dans le journal Libération. Elle fonde la même année la revue Les Cahiers du double avec Mireille Andrès, Patrick Rousseau et Jean-Louis Giovannoni, qu’elle dirige ensuite avec ce dernier jusqu’en 1981. Parallèlement à ses activités littéraires, Raphaële George développe une œuvre de peintre et expose fréquemment, seule ou en groupe. Elle met en chantier en 1978 plusieurs Fresques murales éphémères, peintes à quatre mains avec son ami Vincent Verdeguer sur les murs des entrepôts de Bercy alors à l’abandon. Certains de ses travaux sont conservés dans le Fonds d’art contemporain de la ville de Paris. Le 6 mars 1984, Ghislaine Amon décide de changer de nom d’autrice et de ne plus signer, désormais, que sous le nom de Raphaële George. Elle publie Les Nuits échangées suivi de l’Éloge de la fatigue aux éditions Lettres Vives en 1985, avant de décéder le 30 avril de la même année à l’âge de 34 ans. Paraissent à titre posthume en 1986 Psaume de silence, aux éditions Lettres Vives, et L’Absence réelle, écrit avec Jean-Louis Giovannoni, aux Editions Unes. »

                      Et la petite chèvre de Monsieur Seguin

                      reculant la nuit

                      pour mourir à l’aube.

12:06 | Lien permanent | Françoise

28.05.2025

Envoi n°659. Claude Cailleau "Le désert souffle son haleine..."

 

 

Le désert souffle son haleine

de mort dans les dunes du temps.

Quelque part, le mirage à peine

d’un vent d’été baignant les champs

 

de vie alors que l’homme crève

sous le soleil chaud de midi,

qui marchait porté par son rêve

dans le fini de l’infini.

 

Qui se rappelait la rivière,

sa rive d’ombre sous le vent.

Qui dort, l’existence derrière,

dans la mort du sable mouvant.

 

 

3 mars. Là, sur le mur, en face du bureau, le désert d’une photo. Dans la mémoire, des vagues de silence. L’oubli rassure la lâcheté.

« Écrire des poèmes, c’est conjurer la mort. Chaque poème m’a toujours semblé une stèle. » Pierre Garnier

 

 

« Claude CAILLEAU Chant pour une âme sans défense Editions du Petit Pavé, coll. Le Semainier, décembre 2024.

 * Claude Cailleau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°321 « L’enfance tremble... », in « Mots du jour et de la nuit » ; envoi n°322 : « Il n’est pari que la nuit... » in « Cocktail de vie » ; envoi n°406 « Les jours lointains qu’il m’en souvienne... » & envoi n°407 « Reverdy encore Debout dans ma mémoire... » in « Anthologie poétique 1956-1970 et 1999-2018 », éditions du Petit Pavé, 2019 ; envois n°544 « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis pas d’ailleurs. » & 545 « Ce vieil homme un autre jour » in « JE, TU, IL Remonté le temps, sondé le silence Poèmes. Editions Tensing, 2016 ; envois n°585 & 586 « Avant-propos » « D’albâtre la mousse immaculée d’un nuage » in « Crépuscules », Le Semainier, éditions du Petit Pavé, 2023

12:04 | Lien permanent | Françoise

21.05.2025

Envoi n°658. Claude Cailleau "La mer vous a longtemps bercé..."

 

La mer vous a longtemps bercé ;

mais un jour il faut jeter l’ancre,

poser le sac qu’on a traîné

(et le stylo qui fuyait l’encre)

 

dans tous les ports (le livre écrit

la nuit en langue délébile)

les ports où le marin se quit-

te pour une heure qui défile,

 

comme le texte dans le vent

de la dérive où il se noie,

et vous laisse muet. Souvent,

le dire qui naît se fourvoie !

 

29 février. Ce qui se conçoit bien s’énonce parfois malaisément. L’aventure dans le livre de bord de la vie. Les pages qui se tournent. Le livre qui s’écrit. La voix-mensonge. Et… « La question qui pend aux branches du crépuscule : est-ce toi qui passes ? » (Cl. C.)

 

« Claude CAILLEAU Chant pour une âme sans défense Editions du Petit Pavé, coll. Le Semainier, décembre 2024.

 

Claude Cailleau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°321 « L’enfance tremble... », in « Mots du jour et de la nuit » ; envoi n°322 : « Il n’est pari que la nuit... » in « Cocktail de vie » ; envoi n°406 « Les jours lointains qu’il m’en souvienne... » & envoi n°407 « Reverdy encore Debout dans ma mémoire... » in « Anthologie poétique 1956-1970 et 1999-2018, éditions du Petit Pavé, 2019 ; envois n°544 « Je ne suis pas d’ici. Je ne suis pas d’ailleurs. » & 545 « Ce vieil homme un autre jour » in « JE, TU, IL Remonté le temps, sondé le silence Poèmes. Editions Tensing, 2016 ; envois n°585 & 586 « Avant-propos » « D’albâtre la mousse immaculée d’un nuage » in « Crépuscules », Le Semainier, éditions du Petit Pavé, 2023

 

12:00 | Lien permanent | Françoise