03.09.2025
Envoi n°672. Pierre Maubé "Qu'elle soit aumône du temps..."
Qu’elle soit aumône du temps
ou don de quelque prince altier
que votre joie soit dédiée
à la seconde où se détend
soudain votre corps libéré
des mains invisibles du dieu
que je vis naître dans vos yeux
et sur vos lèvres s’égarer
Ø
Aimée, le souvenir que j’ai de vous va son
chemin sous le vent froid qui fait monter aux
yeux des larmes inutiles,
le souvenir que j’ai de vous creuse son nid
dans la chaleur des draps, se love dans le temps
avec la lenteur douce de la mer, le sel fragile de
l’attente,
le souvenir que j’ai de vous brille dans ma
mémoire enténébrée comme brillent dans la
nuit le ventre des lucioles et les yeux des chats,
le souvenir que j’ai de vous est souriant et
silencieux, il naît de votre absence et meurt de
mon sommeil, de mon oubli.
Pierre Maubé Cette rive Poèmes, éditions Illador, Les Cahiers, 2025
https://www.editions-illador.com/_auteurs/pierre_maube.html
- Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121, 2017 ; envoi n°367 « ce cœur en nous qui cogne… » & envoi n°368 « qu’elle soit aumône du temps… » & « ce lieu commun à la parole et au silence… », extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 extraits de « Onze Kaddishim pour Rose » in « Etrange », Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions, 2020 (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg ; envoi n°476 : « ce n’est jamais le moment » & « une journée très ordinaire », deux inédits adressés par l’auteur ; envois n° 577 « Il fait un temps / de guerre lasse » & 578 : « Lève-toi et meurs », revue Décharge 197, mars 2023 ; envois n°604 & 605 : « Étrangement », à paraître dans la revue « Libres Mots » en mars 2024 ; envois n°671 & 672 : extraits de « Cette rive », éditions Illador, 2025.
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22:56 | Lien permanent | Françoise
27.08.2025
Envoi n°671. Pierre Maubé "
Nous avons fait naufrage.
Ce que nous possédions a été jeté à la mer.
William Butler Yeats John Sherman,
Traduction de Jean-Yves Masson
Editions de la Coopérative, Paris, 2022
Amie, voici que vous m’interdisez de vous aimer. Il n’y a pas d’amour possible en pays de colère et votre colère a créé ce pays et ce pays est désormais le mien. Amie, voici le temps de notre désamour.
Les vitraux de l’aube sont brisés, l’oiseau est orphelin de ciel. Quel nom avait son chant ?
Amie, notre passé n’est plus le vôtre, vous avez choisi de le quitter, dédaigneuse de tout retour. Derrière vous, l’horizon se referme.
Amie, je cherche mon chemin parmi les îles dispersées de l’archipel de l’insomnie.
Dans la demeure ancienne votre reflet se dérobe. Les miroirs sont voilés, les fenêtres obscures, les couloirs ne mènent plus aux chambres d’insouciance, les murs ne cèlent plus les rencontres furtives.
Reste l’écho des rires révolus. Reste l’ombre des rêveries fragiles et des espoirs inactuels. Reste le spectre de cet avenir vers lequel nous allions.
Amie, je n’aime pas ma vie sans vous.
Vous oublieuse de nos joies et de nos peines, vous libérée de cet amour qui était nôtre, vous libre en cet oubli de nos jours partagés.
Je n’aime pas cette vie devenue mienne puisqu’ainsi vous en avez décidé, cette vie qui lentement se désagrège, lentement se défait.
Votre absence fait de chaque jour une rivière lente, eau grise du chagrin dérisoire et du regret de vous.
Amie, je dois apprendre maintenant à découvrir ce paysage déserté, ces heures sans visage, à feindre de m’y habituer. Je dois apprendre à vivre sur la terre de vos mots refusés, de vos sourires disparus, de votre voix muette.
Désormais et à jamais adieu à vous, ma très secrète et très aimée, ma très lointaine amie.
Pierre Maubé Cette rive Poèmes, éditions Illador, Les Cahiers, 2025
- Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème, » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121, 2017 ; envoi n°367 « ce cœur en nous qui cogne… » & envoi n°368 « qu’elle soit aumône du temps… » & « ce lieu commun à la parole et au silence… », extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 extraits de « Onze Kaddishim pour Rose » in « Etrange », Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n°476 : « ce n’est jamais le moment » & « une journée très ordinaire », deux inédits adressés par l’auteur ; envois n° 577 « Il fait un temps / de guerre lasse » & 578 : « Lève-toi et meurs », revue Décharge 197 ; ; envois n°604 & 605 : « Étrangement », à paraître dans la revue « Libres Mots » en mars 2024.
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22:58 | Lien permanent | Françoise
30.07.2025
Envoi n°667. Guillaume de Pracomtal "Les soirs d'été enfants..."
(…)
Les soirs d’été enfants
Allongés sur les dalles du perron
Comme font les veilleurs d’étoiles
Nous sentions la chaleur accumulée
Étreinte que le jour nous rendait
Et la nuit nous semblait invincible.
*
Dans les fissures des marches du perron
Les lézards s‘étaient arrogés un empire
Des lichens consumés de mille soleils
Nous semblaient de puissantes constellations
Nos jeux inventaient un espace
Que nos rêves seuls pouvaient adouber.
Clair-augure III
Les poèmes que tu n’écris pas
Sont comme les amis qui sont loin
Et que tu n’appelles pas
Ils restent dans ta mémoire
Tels un manque une apostrophe
Le poids d’une présence voilée
Ton découragement n’est que le lot
De ceux à qui il est donné de croître
Sois meilleur que toi
Et ne cède qu’aux défis.
Clair-augure IV
Guillaume de Pracomtal CLAIR-AUGURE suivi de Enfances de Saintonge. Poèmes, Éditions Illador, collection Les Cahiers d’Illador, 2024.
https://www.editions-illador.com/_livres/clairaugure.html
* Guillaume de Pracomtal dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°666 & 667, extraits de « Clair-Augure », éditions Illador, collection Les Cahiers d’Illador, 2024.
20:57 | Lien permanent | Françoise
