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02.07.2025

Envoi n°663. Jean-Louis Giovannoni "Bouge un tant soit peu..."

(...)

*

Bouge un tant soit peu,

et c’est un monde qui s’efface.

*

(…)

*

Tout regard

toute parole est un fermoir.

*

De ce côté-ci du monde

rien que l’appel

 

l’appel avant l’envol.

*

Les mots sont des vêtements endormis.

*

Ce besoin de toujours traîner un corps dans ses rêves.

*

Tu regardes l’espace : tu penses aux oiseaux. Et lorsque tu t’agites ce ne sont que tes membres que tu agites.

 

Rien d’autre.

*

Nous ne nous préparons laborieusement qu’à une seule chose : nous taire.

*

Il est désespérant de devoir tout inventer, y compris l’espoir.

*

(…)

*

Il a fallu que je sois vraiment en face de la toile de Nicolas de Staël, Les toits, pour saisir sa vue aérienne, son accumulation d’agitations serrées dans les rues… et tout en haut, ce vide, cet espace où l’air ne compte plus. Puis, cet étonnant bord du vide dont je ne me lasse pas. Quelques pas avant l’envol – juste avant.

*

(…)

*

Cette envie de m’établir dans l’espace comme un arbre pousse ses graines hors du visible.

*

Qui veut-on tuer lorsqu’on se tue ?

*

(…)

*

Tout tient dans l’air sans qu’il y ait besoin d’appui. Passerelle sans aucune rive. Passerelle entièrement aérienne d’où tu ne pourras pas te jeter. Le malheur veut que tous ceux qui passent par-dessus la balustrade ne tombent jamais. Leur vient toujours sous les pieds une autre passerelle.

*

(…)

*

On écrit pour se mettre bien avec les mots, pour qu’ils ne nous oublient pas.

*

Pourquoi parles-tu de sortir alors que tu es toujours entre dehors et dedans ?

*

(…)

 

Jean-Louis GIOVANNONI Les mots sont des vêtements endormis, éditions UNES, 2014.n https://www.editionsunes.fr/

 * Jean-Louis GIOVANNONI dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°147 : Raphaële George Site consacré à l'écrivain et peintre Raphaële George, par Jean-Louis Giovannoni.      https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html

 

 

 

 

11:57 | Lien permanent | Françoise

18.06.2025

Envoi n°662. Jean-Louis Giovannoni "Cette envie continuelle..."

Je voudrais entrer tout entier dans la personne

d’un autre homme sans l’empêcher d’être lui.

                                  Joë Bousquet

Cette envie continuelle de passer dans l’autre, de ne plus jamais être dans soi.

     **

 Ne plus croire que tu es peuplé de voix mais du bruissement de l’air.

     **

 Nous vivons avec des mots qui sont sûrement déjà morts.

     **

 Mes yeux me supposent.

     **

 Meurt-on vraiment dans son corps ?

     **

 Je me regarde sans cesse dans le reflet des vitrines, je me surveille. Toujours cette peur de me perdre.

     **

 Rien, aucun signe ne t’indique le mot à dire, le geste à faire. Et tu continues.

     **

 On court, on s’agite, rien que pour faire croire que l’on connaît la sortie.

     **

 Tu n’as que tes gestes contre la montée du froid.

     **

 On ne meurt pas par oubli de respirer, non, on meurt par peur de trop respirer, de trop en prendre.

     **

 Les mots n’ouvrent pas assez.

     **

 (…)

Aucun arbre ne quitte sa famille. Dans nos chambres, les meubles parlent dans une nuit pleine de branches, de feuilles retenues.

     **

(…)

 Jean-Louis GIOVANNONI Les mots sont des vêtements endormis, éditions UNES, 1983/2014.

https://www.editionsunes.fr/

 * Jean-Louis GIOVANNONI dans «Vous prendrez bien un poème?» Courrier des lecteurs n°147: Raphaële George Site consacré à l'écrivain et peintre Raphaële George, par Jean-Louis Giovannoni.      https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html

 

12:14 | Lien permanent | Françoise

11.06.2025

Envoi n°661. Raphaële George "Tu ne sais pas arrêter le temps..."

 

 

Tu ne sais pas arrêter le temps

je ne te l’ai jamais appris

et je ne sais pas moi écrire sans regarder mes mots

s’aligner sur la page.

Ni toi, ni moi ne sommes sorties de la nuit.

Il y a quelque chose d’indécent à cela, car pour se

comprendre il nous faut nous mettre à nu, non pas

comme si le temps s’absentait, mais dans une parenthèse

musicale où la même douleur, la même émotion nous

sont ressenties lorsque le morceau aimé repasse sur le

même sillon. C’est ce sillon qui nous le fait exister et à ce

bâillement nous pouvons nous entrevoir.

 

     *

Tu as les mains trop petites,

trop sèches, lézardées par mille actes accomplis avant ta

naissance.

 

     *

Tu as le regard blessé, aveugle comme Eudipe dont tu

répètes le même halètement dans le désert, dans ce désert

où même la soif t’a quittée.

 

     *

Sans cesse un animal erre en toi

empêchant que tu ne t’endormes tout à fait.

 

     *

(...)

 

 

Raphaële George (1951-1985) En écrivant la vie me quitte Carnet Editions Unes, 2025.

https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html

https://www.editionsunes.fr/

  *Raphaële George dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°147, février 2025 (cf. envoi n°660) ; envois n°660 & 661 : extraits de « En écrivant la vie me quitte. Carnet », éditions Unes, 2025, pages 7, 8 & 11, 12

 

12:11 | Lien permanent | Françoise