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Envoi n°32. Gustave Roud. Présence.
PRESENCE.
Le monde ne peut être qu'un don de notre regard. Combien d'hommes ne vont-ils pas se lamentant sur son peu de réalité plus vague et plus fugace qu'un brouillard d'aube – prêts à recourir aux rêves les plus faciles, parce qu'ils ignorent leur cécité !
Mais le regard de Ramuz* est tel qu'à sa miraculeuse plénitude vient peu à peu répondre celle de l'univers.
Le mystère de ce don majeur ne peut que demeurer un mystère ; il ne fait qu'un avec l'apparition même du poète. Mais tous ceux qui l'ont ressenti auprès de Ramuz n'ont pu taire leur saisissement devant cet étrange pouvoir de rapt, instantané, total. Un rapt (que de fois n'en avons-nous pas fait la bouleversante expérience ! ) dans l'espace à la fois et dans le TEMPS – d'où cette sorte de dimension neuve où s'épanouissait l'être ou le paysage contemplé !
Et s'ils se sentent aujourd'hui minés par un appauvrissement inguérissable, c'est que le regard de Ramuz possédait un autre pouvoir, peut-être plus mystérieux encore, et qu'il faudrait appeler de contagion. La toute-présence du poète au monde suscitait peu à peu la nôtre ; elle créait lentement autour de lui un tel climat d'appel et d'accueil que sa disparition nous a replongés dans l'exil. C'était, auprès de Ramuz, comme si la grande réconciliation rêvée par le cœur eût commencé de s'accomplir. Dans la chambre aux fenêtres grillagées les choses semblaient venir à vous et vous faire signe, un bol de faïence luisante, le cendrier sur la table de travail, les buis du jardin, le lac, les montagnes à travers les branches du cèdre et du cognassier. Tout prenait son poids, sa forme, sa couleur ; tout redevenait VRAI de sa vérité profonde et savoureuse, attendait de vous quelque acte d'amour – un simple geste, une caresse. Tout vivait. Tout vous faisait enfin vivre.
Gustave Roud La présence perdue en avant-propos au Chant de Pâques de C.F. Ramuz,
dessins de René Auberjonois. Fac-similé. La Guilde du Livre, Lausanne, 1951.
- Charles Ferdinand Ramuz, né en 1878 à Lausanne, est une figure tutélaire de la poésie suisse romande. Gustave Roud, qui le connut de son vivant, lui rend ici hommage et cerne le « don » du poète.
- Gustave Roud dans "Vous prendrez bien un petit poème?" : envoi n° 25 : citation & notice ; envoi n° 31 "Petit traité de la marche en plaine." : envoi n° 32 : Présence"
- Association des amis de Gustave Roud : http://www.gustave-roud.ch/Accueil.html
14.09.2011 | Lien permanent
Envoi n°96. Gustave Roud ”Bouvreuil”
Bouvreuil
Le pied n'est pas sûr dans les sentiers du matin, aux prairies de décembre. Un gel mince a pailleté la terre des ornières ; ce registre miroitant des passages de la veille, chars, chevaux, laboureurs, redevient boue au premier choc. On trébuche, avec des battements de bras si secs qu'ils suscitent, hors de chaque arbre, de chaque haie, un orage d'oiseaux vite apaisé. Et resurgi tout crispé de sa longue nuit de bise et de ciel nu, le pays lui aussi cède au choc du regard, retrouve cette paix d'après l'accomplissement, cette douceur un peu lasse par où il glisse avec lenteur vers le repos. D'herbe en herbe le givre redevient rosée ; au-delà des touffes d'aulnes et de frênes, un vent de nulle part joue avec les fumées villageoises et, tout au bord du ciel, les montagnes dessinées à la neige flottent sur un banc de brume bleue si fragile et si triste que le cœur n'ose plus.
Le moulin dort près de l'écluse ouverte. Quel silence dans ce lieu où tout au long d'octobre et de novembre bout l'énorme bruit de l'eau précipitée, quand la batteuse des froments, de l'aube au soir, élève sa plainte ! La nappe d'eau morte épouse sans bruit son lit de roche ; sa croûte de creuse glace gît au sable de la rive : un chaos de blêmes éclats sous les roseaux et les ramures. L'hiver (c'est son jeu coutumier) essaie d'ensevelir le site dans une sournoise absence temporelle et, pour mieux y parvenir, déconcerte l'âme en imitant d'autres saisons. Il fait fleurir soudain dans le soleil tout un buisson de clématite. On voit une haie d'aubépine, une chevelure de femme dans la lumière, une crinière de cheval blonde livrée au vent... On s'approche et tout s'éteint. La main ramène à soi la dérision d'une liane, un chapelet de graines : cent et cent touffes de laine grise. Ah ! C'est bien l'hiver, et le temps n'est pas aboli ! L'ombre de la grange peinte en bleu noir au talus d'herbe glisse et découvre une autre ombre couleur de neige : double décalque désaccordé de givre et d'ombre, où s'avoue la faiblesse du soleil. L’œil un instant s'y pose et l'interroge , puis d'un bond remonte à la cime du plus haut frêne où flambe une toute petite flamme rose, un corps d'oiseau. Dans le temps même de ce regard, l'oiseau chante, une seule note – et tout l'hiver est dit.
Je crois que l'homme au plein de sa vigueur et de sa force, et qui le sent assez pour ne pas douter de son regard, de son ouïe, est, à la lettre, un aveugle et un sourd.
(…)
Ce secret, c'est aussi le tien, bouvreuil, petite flamme rose soufflée de branche en branche par le vent de nulle part.
(...)
Gustave Roud Air de la solitude in Gustave Roud, par Philippe Jaccottet.
Présentation et anthologie. Éditions Seghers. Poètes d’aujourd’hui. 2002.
06.02.2013 | Lien permanent
Envoi n°31. Gustave Roud. Petit traité de la marche en plaine.
Palinodie
(…) La bonne route bien sèche, le bruit des pas sans hâte parce qu'ils ne vont nulle part, et bientôt les étoiles : dire qu'autrefois tout cela m'a fait trembler, chercher à tout prix quelque gîte, un abri contre ce ciel où commençait le scintillement d'un astre ! Je croyais au ciel des livres, au ciel des hommes, à ces froides fééries que leur inventent leurs miroirs de cristal, leurs calculs, leurs mesures, au miracle de mille lueurs fraîches tout ensemble et vieilles de quelques siècles. Ce monde fictif qui disparaît sitôt que se referme la coupole des observatoires, je le raccordais inconsciemment au seul monde qui puisse être le nôtre : celui de l’œil nu. Maintenant je sais. Le télescope a son ciel, je reprends le mien, je touche le mien. Le ciel est bien plus près de moi que les hommes. Un peu plus haut que la branche extrême du noyer, à peine. Avec une perche un peu plus longue, comme on gaule les noix, je ferai choir dans l'herbe les grappes de constellation plus tièdes que les vers luisants de l'été. Altaïr, je te cueille comme une pomme, comme une perle. Altaïr, Aldébaran, Orion, Andromède et sa pâle nébuleuse semblable à la chandelle qui brûle derrière une feuille de corne *, j'ose enfin vous nommer de vos noms de toujours, vous que je reconnais depuis que j'ai cessé de connaître les hommes, de me connaître. Et vous, me reconnaissez-vous ? Est-il besoin de vous demander pardon encore pour ma haine et ce reniement que j'ai longtemps fait de vous comme un aveugle volontaire ? Non, vous saviez, n'est-ce pas, vous m'attendiez avec patience. Vous saviez que j'allais redevenir moi-même, ce vagabond à la nuit tombante, les dents plantées dans un pain froid, qui tremble d'angoisse et de joie devant la ténèbre commençante. Comme le moissonneur sous la pluie arrache la linge** de son corps, livrant sa poitrine à la grêle des gouttes énormes, que je me couche parmi les feuilles tombées, sous l'averse de votre étincellement. (…)
Gustave Roud Petit traité de la marche en plaine in Gustave Roud. Présentation et anthologie, par Philippe Jaccottet. Éditions Seghers. Collection Poètes d’aujourd’hui. 2002.
* «semblable à la chandelle qui brûle derrière une feuille de corne» : c'est la description d'Andromède et de sa nébuleuse que fit, en 1612, l'astronome allemand Simon Marius – première description d'Andromède à l'aide d'un télescope.
* «linge» signifie aussi «chemise» en ancien français (cf. «la linge»
* Gustave Roud est né en 1897 dans la ferme du Chalet-de-Brie, au- dessus de Vevey, dans le canton de Vaud, en Suisse romande. Philippe Jaccottet fut de ses amis.
* Association des Amis de Gustave Roud : http://www.gustave-roud.ch/Accueil.html
07.09.2011 | Lien permanent
Envoi n°95. Gustave Roud ”Le repos du cavalier”
LE REPOS DU CAVALIER
Étoile
à Georges Nicole.
Il neige de l'autre côté du monde.
Sur les forêts, sur les labours, sur les marches du perron, sur l'étoile au-dessus du seuil, ces cinq rayons là-haut derrière la vitre d'angle, rouille et or. Le Temps neige de l'autre côté du monde, effaçant toutes ces choses qui sont à lui, comme s'il se niait lentement lui-même : et nous regardons choir cette neige silencieuse, seuls dans la salle basse avec un papillon mort.
« Il s'est trompé, redit Rose ; je l'ai trouvé hier qui se débattait dans ce rideau, contre la fenêtre. Un papillon d'été ! Tout est gelé dehors et il n'y a plus de fleurs ici, pas une seule. J'ai essayé de le nourrir. (Elle tire de l'ombre un grand disque pâle, une assiette où poisse encore une mince flaque de miel.) Voyez, il n'a pas su s'y prendre, il a fallu le repêcher du doigt. Je l'ai posé près de la vitre... Ce matin, il ne bougeait plus. Pourtant, ces ailes, on dirait qu'il va s'envoler : ce brun, ce velours noir, le bleu, le rouge ! Mais tout est bien fini. »
Non, Rose. C'est là-bas seulement, de l'autre côté du monde, que les choses finissent ou recommencent. La sourde bataille d'anges a cessé pour un instant dans le ciel ; une des fenêtres découpe à nouveau tout un pan du paysage à l'agonie, comme une page blême où le néant vient cerner les derniers signes et les étouffe : des pieux sur la rive du chemin, le toit d'une maison perdue, les collines au bas de l'horizon. Un instant, puis tout s'est défait, tout s'abîme au gouffre du Rien, tandis que neige une cendre grise qui est encore de la vraie neige, ou déjà la cendre du soir.
Pour nous il n'y a plus de soir, plus de matin, Rose, plus d'heure, plus de temps. Tu soulèves et reposes un disque sombre qui chatoie sous la lumière éternelle comme un grand soleil noir. Des voix montent, sans âge, plus faibles que les grappes de cloches des traîneaux d'hiver derrière les vitres usées ; c'est de l'autre côté du monde que vient leur chant :
étoile des neiges
mon cœur amoureux
s'est pris au piège
– mais le piège de notre cœur, c'est cette salle close où tu avances dans le feu blanc des fenêtres et ce froissement des grandes ombres, à ta nuque, à tes poignets nouées comme les écharpes des danseuses. Toujours plus lente, et tes gestes pris peu à peu dans la glu d'une étrange torpeur, immobile enfin, tellement perdue que ma voix ne peut plus t'atteindre.
(…)
Gustave Roud Le repos du cavalier (1958) in Gustave Roud par Philippe Jaccottet Présentation et anthologie. Éditions Seghers. Poètes d'aujourd'hui.2002.
30.01.2013 | Lien permanent
Envoi n°261. Gustave Roud ”L'enclave”
L’enclave
Que l’anneau des forêts vienne enclore un espace de champs et de prairies, ce lieu tout aussitôt se met à vivre d’une vie singulière derrière sa haute muraille de frondaisons et de fûts. Séparé du monde, et sans nulle rupture cependant, il n’en reçoit plus que la rumeur, mais comme décantée : tous les bruits que le vent brasse au-dessus des campagnes infinies glissent au creux de cette conque d’herbages sans y prolonger leur confuse mêlée. Chacun d’eux, et jusqu’aux plus opaques, y retrouve sa saveur propre et ne résonne que pour soi. Le vent lui-même, partout ailleurs plainte nulle errant sans but d’un bord à l’autre de l’horizon, redécouvre sa voix perdue et chante à chaque feuille. Oui, tout ici rejoint son chant, mais un chant d’une transparence mystérieuse et qui, simple écho presque toujours, n’en livre pas moins le dessin musical d’une présence. Etrange creuset végétal où comme un minerai brut les rumeurs de la terre et du ciel incessamment sont versées pour y redevenir sonorités pures ! Et comme pour parfaire le miracle, rien n’y est sacrifié, pas même la voix la plus ténue ! Quand midi sonne à cent clochers, quand le ciel tout entier se fait bronze au battement des cloches profondes, on entend à tous les étages de l’air les oiseaux distincts, la buse là-haut sous les nuages, le geai dans un brusque envol coléreux, le bouvreuil qui a reçu des morts suppliants, pour les défendre de l’oubli, une seule note perce-cœur, une seule, et là tout près, entre la nappe de feuilles mortes et la branche la plus basse tout ailée de feuilles fraîches, un rouge-gorge à l’œil aussi rond que sa voix.
Lieu singulier. Comment le nommer, sinon un lieu de présence ? (De nouveau ce mot vient aux lèvres et ne cessera d’y revenir). Il y a dans son accueil clos une invite, puis une sorte de tacite aveu que peu à peu l’on pénètre, mais si simple et si nu que rien n’en laisse pressentir le péril secret. « Vous qui venez du royaume de l’innombrable, dit l’enclave silencieusement, la route qui me traverse est prête à vous y reconduire, si ma pauvreté vous a déçus. Un ciel diminué, quelques champs étendus côte à côte, une lisière de forêts aux broussailles bourrues, et puis les constellations tronquées de la nuit : maigre pâture ! Mais si l’un de vous, las de nourrir son cœur et son regard d’une provende trop riche et trop confuse, s’arrête, vient se pencher vers ce qui vit et médite ici comme refermé sur sa vie la plus profonde, je lui donnerai de pouvoir, non pas percer le secret de ces quelques présences essentielles, mais les ressentir dans leur plénitude, et même jusqu’à perdre cœur ».
(...)
Gustave Roud (1897-1976) Le Repos du cavalier. Editions fario. Paris 2009.
03.08.2016 | Lien permanent
Envoi n°262. Gustave Roud ”L'amour de la fraîcheur...”
L’amour de la fraîcheur s’accorde assez bien avec une cruauté prompte à découvrir le plus léger indice de décrépitude. Au rebours de tant d’hommes qui attendent la mort des feuillages, les accords brutaux qu’elle fait résonner sous le ciel d’octobre, pour lui rendre éclat pour éclat (les doigts, la bouche pleins d’or, de cuivre, de sang, de pourpre, de gloire – au total une fanfare facile et fausse…), la première feuille ternie nous guide vers un silence chargé de remords. Déjà ! Chaque jour le vent va donc perdre un peu de sa voix, feuille à feuille ! Un mois, deux mois encore, et il ne sera plus qu’un sifflement stérile à travers les branches nues ? Ah, n’avoir pas fait silence tout l’été pour surprendre son chant infatigable, et ce qu’il disait sans relâche, nuit et jour, d’un bout à l’autre du monde, bondissant du fond de l’horizon parmi les vergers et les forêts, pliant d’un seul coup les cimes et leur poids de feuilles fraîches ! Trop tard, trop tard. Le secret n’est pas dit, qui eût cédé peut-être à un peu plus d’humilité et d’abandon. Voici voleter à nos pieds une petite chose sans forces, jaune comme un soleil de cinq heures, terrible : la première feuille morte.
Gustave Roud Ecrit à Carrouge. Editions Fata Morgana. 2011.
Gustave Roud dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°31 « Palinodie » ; envoi n°32 : « Présence » ; envoi n°95 : « Etoile » ; envoi n°96 « Bouvreuil » ; envoi n°261 « L’enclave ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
10.08.2016 | Lien permanent
Envoi n°105. Charles-Ferdinand Ramuz ”Chanson”
Chanson
Vivre, c'est un peu
comme quand on danse:
on a plaisir à commencer -
un piston, une clarinette -
on a plaisir à s'arrêter -
et le trombone est essoufflé -
on a regret d'avoir fini,
la tête tourne et il fait nuit.
Charles-Ferdinand Ramuz Le Petit Village Préface de Jil Silberstein. Gravures de Marfa Indoukaeva. Éditions Héros-Limite. 2010.
- Charles Ferdinand Ramuz, né en 1878 à Lausanne, est une figure tutélaire de la poésie suisse romande.
- C.F. Ramuz dans « Vous prendrez bien un petit poème ? » : envoi n°32 : hommage de Gustave Roud qui le connut de son vivant : «La présence perdue », en avant-propos au Chant de Pâques de C.F. Ramuz, dessins de René Auberjonois. Fac-similé. La Guilde du Livre, Lausanne, 1951.
10.04.2013 | Lien permanent
Envoi n°51. Josette Ségura
DE VOIX EN VOIX
La lumière va de voix en voix,
nous nous abandonnons,
les mots fusent, forment des bouquets,
nous remercions
malgré l'ombre toujours mêlée à l'or des jours,
nous ouvrant à l'immensité cachée des autres
au bord d'une émotion intense
qui nous précipite vers le dieu
dont la clarté laboure l'ici.
Nous avançons vers ce feu,
nous dépouillant d'instants mauvais que nous rendons
à la terre.
Elle reprendra toute cette nuit, ce sang dans sa matière
jusqu'à la fleur manifestée.
Josette Ségura Le Pas de l'ange. Éditions Voix d'encre. 2002.
- Josette Ségura dans "Vous prendrez bien un petit poème?" : envoi n° 50: "Saison du haut" ; envoi n° 51 : "De voix en voix".
- sur le site Terres de Femmes : http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2010/07/josett...
29.02.2012 | Lien permanent
Envoi n°49. Max Alhau. Vraisemblance du feu.
Vraisemblance du feu.
(...)
La parole
est peut-être
la foudre
ou l'inclémence des dieux
ce qui avance le corps
au bout de sa marche
ou élève l'arbre
à la hauteur de ses branches
l'aspect le plus dense du silence.
(…)
L'admirable
le simple
c'est de se savoir de passage
tel un arbre
ou un ruisseau
mais à plus brève échéance
d'être là
au centre d'un monde
dont on ne perçoit pas la réalité.
Chaque instant
qui coule sur le corps
et s'efface aussitôt
en dit la présence.
Les mots les paroles
s'achèvent en même temps
que la main la voix.
Le tragique
est aussi
dans l'imminence de l'absence
de ce qui s'ensuit ou non.
Max Alhau Vraisemblance du feu. in Poètes de SUD. Éditions Rijois.1978.
- SUD est la revue fondée par Jean Malrieu en 1970 à Marseille.
- Max Alhau dans "Vous prendrez bien un petit poème ?" : envois n°48 & n° 49 : "Vraisemblance du feu".
15.02.2012 | Lien permanent
Envoi n°48. Max Alhau. Vraisemblance du feu.
Vraisemblance du feu.
Le corps
est toujours
la somme de ses absences
de ses rêves foudroyés
l'autre qui attend
ailleurs
sait-il où commencent
ses pouvoirs ?
Est-ce la blancheur absolue
qui préfigure
ce que sera
la parole à venir
mais dite ailleurs
continue
dans un autre espace
ce qui s'étire
se retire
et monte
du bas de la page
tard venue
à la mémoire ?
On avance
jusqu'à l'extrême
bord
là où
commence le centre
s'annule la périphérie
Soudain le feu monte
qui détruit
l'emplacement visible
autrefois.
Chaque corps
peuple
le peu d'espace
qui lui suffit.
Les mots et le temps
élaborent le même destin
c'est-à-dire
l'exacte fin
de ce qui est.
Qui peut distraire
le caillou
de son immobilité
sinon ce qui le nomme ?
Tout commence ou continue
- la fable ou l'exil -
le visage remonte
au gré des mots
l'apparence
devient réalité
le temps s'éloigne
ou s'éternise
à la mesure du désir
puis c'est la plongée
dans d'autres nuits
ou d'autres jours.
On ne sait
si on ne dure pas plus
qu'il n'est nécessaire
par crainte de déserter
toute certitude
On ne devance même pas sa perte.
Dans la succession
du temps
dans l'anonymat des foules éphémères
le désordre des mots
ou leur calme apparence
signifie peut-être
l'impouvoir
à évincer
ce qui est par avance condamné
mais essentiel
pour favoriser l'illusion
d'un corps enfin venu
à sa propre rencontre
et prenant la place de dieux
maintenant disparus.
Max Alhau Extraits de Vraisemblance du feu. in Poètes de SUD. Éditions Rijois.1978.
- SUD est la revue fondée à Marseille en 1970 par Jean Malrieu.
08.02.2012 | Lien permanent
