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01.06.2022

Envoi n°530. Fernando PESSOA "Tu joues dans la rue, toi le chat, ..."

Tu joues dans la rue, toi le chat,

Comme si sur le lit c’était,

J’envie la chance qui t’échoit

Car chance on ne peut la nommer.

 

Bon esclave des lois fatales

Qui régissent pierres et gens,

Toi avec ton instinct trivial,

Qui ne sens que ce que tu sens.

 

Tu es heureux d’être ainsi fait,

Tout le rien que tu es est tien,

Moi, je me vois : absent de moi,

Je me connais : ce n’est pas moi.

 

Fernando PESSOA Anthologie essentielle, présentée, traduite et commentée par Patrick Quillier, bilingue.  Editions Chandeigne, 2016.

 

Gato que brincas na rua

Como se fosse na cama,

Invejo a sorte que é tua

Porque nem sorte se chama.

 

Bom servo das leis fatais

Que regem pedras e gentes,

Que tens instintos gerais

E sentes so o que sentes.

 

Es feliz porque és assim,

Todo o nada que és é teu.

Eu vejo-me e estou sem mim,

Conheço-me e nào sou eu.

 

Fernando PESSOA (1888-1935) Anthologie essentielle, présentée, traduite et commentée par Patrick Quillier, bilingue.  Editions Chandeigne, 2016.

 

*Fernando Pessoa dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°349 & 350 « Le Gardeur de Troupeaux » XXV & IX. Gallimard, coll. « Poésie », Paris 1987(traduit du portugais par Armand Guibert) in « D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du XX° siècle choisis par Philippe Jaccottet. » Editions La Dogana. 2005.

 

 

19:18 | Lien permanent | Françoise

25.05.2022

Envoi n°529. Louise Moaty "profondeurs dérivent..."

Mer (source)

 

profondeurs dérivent

âmes flottantes     qui regardent danser     aux marbrures de

l’eau     lumière laissée morte     filtrée     fondue de sel

ombre     débris de rêves     matière d’êtres dissous     je suis la

voix de ceux dormant tapis     courants divers d’erreurs     et de

regrets     remous d’inquiétude     où mes sables enfin     mes

larmes assourdies     grand vent     prédictions     la voix de

ceux gisant     où chaque embrun     où toutes les poussières

     particules     faluns     concrétions calcaires     ruines

restes de rois     de cris     d’arbres figés     traces d’exploits 

chimiques     radioactivité     la voix de ceux glissant     décom-

posés     bercés par les marées     les chenaux     les secrets

quand l’écho disparaît     voix de ceux tournoyant     ceux qui

ont tout quitté     ceux qui n’ont plus que moi qui ne sont plus que

moi     et leurs songes éclos     fleurissant     invisibles

végétaux dissonants     ceux devenus récifs     improbabilités

     algues     cristaux tremblants     insomnie des rochers

des restes de reflets de nacres     de pensées     fleuves effilo-

chés     couleur     hasard cobalt     azur     où les méduses

dentelle abandonnée     épaves rebrodées de basalte

d’oubli     ceux qui précipités de boue de vase     en vortex pé-

riodiques     sombrant     inassouvis     mastication des chairs

(...)

Louise MOATY Mer (source), revue Décharge 193, revue trimestrielle de poésie.

https://www.dechargelarevue.com

 

 

19:14 | Lien permanent | Françoise

18.05.2022

Envoi n°528 . Louise MOATY "J'entre le sommeil profond..."

 

J’entre dans le sommeil profond par des portes qui s’ouvrent

une à une

vers la nuit plus épaisse

je dors et plus profond encore

dans la nuit matérielle

galeries grottes sombres des paliers de sommeil

des conduits souterrains

le sol tombe à tâtons j’avance je m’enfonce

tous les rêves s’effritent nuages poudre fine

avalés par l’eau sombre par l’eau souple subtile

l’eau plus sèche l’eau très noire

la vieille eau enfumée où mes pas sont des lieux

mes mots vagues lueurs mes yeux

tout horizon

abandonner mon poids dans cette eau plus pesante

sommeil lourd fleuve noir

que charrient les dormeurs

 

 

Louise MOATY A la métamorphose (extraits), in Revue Diérèse 79, 

poésie et littérature. http://diereseetlesdeux-siciles.hautetfort.com

 

 

 

22:18 | Lien permanent | Françoise