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21.09.2022

Envoi n°545.Claude CAILLEAU "Ce vieil homme un autre jour, ..."

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     Ce vieil homme un autre jour, qui marche dans la lumière d’un après-midi d’été, tremblée au-dessus de ses routes coutumières, cet homme dont le pas n’a gravé sur la terre que son maigre pesant de souvenirs, c’est mon père. On pourrait croire qu’il a encore à faire dans cet après-midi ressurgi du passé. La lumière qui tremble fait vaciller sa silhouette, fragile d’avoir tant travaillé sur cette terre. Et je crois me revoir, comme autrefois, noyé dans l’eau de son regard, alors qu’il vient de disparaître, discret à son habitude, de ce jour de ma vie qui succède à la sienne, écrivant sur le temps mon rêve près du sien.

 

Claude CAILLEAU JE, TU, IL Remonté le temps, sondé le silence Poèmes. Editions Tensing, 2016.

 

*Claude Cailleau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°321 « L’enfance tremble... », extrait de « Mots du jour et de la nuit » ; envoi n°322 : « Il n’est pari que la nuit... », extrait de « Cocktail de vie » ; envoi n°406 « Les jours lointains qu’il m’en souvienne... » & envoi n°407 « Reverdy encore Debout dans ma mémoire... », extraits de « Anthologie poétique » ; envoi n°544 « Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs », extrait de « JE TU IL ».

 

19:11 | Lien permanent | Françoise

14.09.2022

Envoi n°544. Claude CAILLEAU "Je ne suis pas d'ici, je ne suis pas d'ailleurs."

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     Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs. Espérant vainement apprivoiser la solitude, c’est l’ancestral visage en nous qui veille ou pleure, se projette dans l’heure, dialogue avec la nuit. Pendant ce temps, le vent habille la maison de pluie et de fureur. L’homme se fait une coupable quiétude à tisonner son feu, passager de l’ultime. Les lampadaires éclairent l’angoisse des rues. Des ombres nous précèdent, qui vont où vont nos pas, pour que l’Eternité nous prenne dans son lit d’épines et de velours.

 

Claude CAILLEAU JE, TU, IL Remonté le temps, sondé le silence Poèmes. Editions Tensing, 2016.

 

*Claude Cailleau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°321 « L’enfance tremble... », extrait de « Mots du jour et de la nuit » ; envoi n°322 : « Il n’est pari que la nuit... », extrait de « Cocktail de vie » ; envoi n°406 « Les jours lointains qu’il m’en souvienne... » & envoi n°407 « Reverdy encore Debout dans ma mémoire... », extraits de « Anthologie poétique ».

19:12 | Lien permanent | Françoise

07.09.2022

Envoi n°543 .Françoise VIGNET "Du Passage".

à Claude, mon amoureux de mari, i.m.

Du Passage

      Tu es passé de vie à trépas. Trépassé.

Ô mon amour, j’ai mal à toi – comme l’amputée à un membre ôté.

 

     Néant, éternité, ... Mais où es-tu passé ?

Seule certitude : ton absence à jamais.

     De temps à autre cependant, tu apparais, passant mystérieux quoique familier, dans mes rêves.

     Il y a peu, cavalier à cheval, tu t’élançais dans les airs lumineux du haut d’une falaise abrupte jusqu’au profond de la mer étincelante.

Echappée vers l’éternité ?

 

     Plus récemment, tu regagnais la maison, à la main un tapis d’Orient, chatoyant, de soie blanche et bleue.

Offrande de frontalier.

     Mes rêves seraient-ils passerelles – ces légers ponts de corde, oscillants, jetés par-dessus les abîmes... et les royaumes...

     vers la fluidité d’un monde d’avant les mots, où tout est silence, où l’espace est transparent, où l’émerveillement est sans commencement ni fin,

     là où, toute frontière abolie, tu m’emmènes.

     Soudain, passage à vide. Effroi.

S’inspirer du pont de corde – à parcourir sans baisser les yeux,

sinon le vertige saisit le corps, tourne la tête.

 

Garder le regard tendu droit devant soi.

Poser un pied lentement, puis l’autre.

Aller de l’avant, pas à pas, sans savoir où...

 

Poursuivre

peut-être cette lumière

qui aima nous accompagner.

    

     Passage en surplomb : changement de perspective.

Ta mort donne à notre vie, désormais scellée, son relief singulier, sa brillance unique.

De ta mort - qui signe notre mort – à la mienne,

s’esquisse cet entre-deux à traverser,

 

brisure à fouir.

 

Avec mes mots rétifs,

je me tiens dans l’entr’ouvert.

 

Françoise VIGNET  Le Sabot de Vénus précédé de Implorations minuscules éditions Alcyone, 2022.

  • Françoise VIGNET dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n° 541, extraits de « Implorations minuscules » & 542, extraits de « Le Sabot de Vénus ».

19:34 | Lien permanent | Françoise