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20.04.2022

Envoi n°524. Josette Ségura "Relire, barrer, ajouter, ..."

 

Relire, barrer, ajouter,

trouver le mot juste,

donner les prénoms, des précisions,

dire au plus près de ce qui a été vécu, se vit

comme pour bien entendre

« le ruisseau de la vie »,

d’ailleurs

un ruisseau et un pont

arrêtent toujours,

on se penche, on écoute, on voit,

si en plus il y a un moulin,

un pré, des fleurs et des arbres,

on entre dans un tableau.

 

Josette Ségura Avec les heures, éditions Les Cahiers d’Illador, 2021.

http://www.editions-illador.com/_livres/avec_les_heures.h...

 

*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange » ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour » ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec ».

22:08 | Lien permanent | Françoise

13.04.2022

Envoi n°523. Bernard MANCIET "Mais où les sources de la mer ?"

Mais où les sources de la mer ?

les sources qui neigent au ciel de l’aube ?

et de quel lointain ce bruit d’orage blanc ?

l’aube arrive comme une faux

odeur de mer lointaine odeur de laurier

ou de l’ail qui grésille pour la soupe des maçons

à l’aube. Le vent est passé sur les fleurs de la mer

sur les étoiles ces filles

vinaigrées – on les entend comme des enfants à la récréation

l’aube arrive comme un étendoir dans le vent

comme la roue odorante d’un tilleul

cela sent à du feu pâle

cela sent à l’aube – elle vient te dire : Ave !

 

le long de la faux ta lueur déjà glisse

avant toute lueur

tes acacias par masses de tous côtés fleurissent

partout dans nulle part – sauf peut-être sur une joue

et peut-être en soi-même prière

la pluie du matin vêtue et dévêtue

lorsque de pluie tu berces les fiançailles du jardin

la peau de la pluie un fracas

de fleur

à toi la non encore prononcée

elle vient dire le ruisseau

 

jolie pluie sur les jardins

sur les fiancés de l’aube ma fiancée du petit jour

je t’invente tout un seringa

la mer demande de la pluie

l’haleine a besoin d’un petit nom ton prénom

et d’un risque de jour

du risque d’une fleur d’un reflet par qui

la lune de l’aube et d’une aile a besoin

ma haute mer

la mer demande rosée et l’amertume

qui est la mienne une goutte d’écume

salée - ô Marie –

la lune de l’aube vient te dire la neige

(...)

 

 Bernard MANCIET  LITURGIA, I Mistéri gaujos Anoncia, édition bilingue. Editions CAIRN et  éditions Reclams, 1999

          (désolée pour l’accent manquant sur le « o » de « gaujos » et « anoncia »

 

Bernard MANCIET dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°522 « Le Pommier », nouvelle extraite de « Jardins perdus ».

 

 

22:06 | Lien permanent | Françoise

06.04.2022

Envoi n°522. Bernard MANCIET "Le Pommier"

  1. LE POMMIER

 

     Il y a longtemps, l’endroit où j’habitais était un arbre. C’était un pommier, et un fameux pommier, qui recouvrait presque tout le jardin. Mon père l’apostrophait, au printemps : « Tu es beau, pommier, comme une mariée. » Mais ma maison, c’était son fouillis, toute une maison de pluie.

     Il me semble que je suis né un jour où il pleuvait, ou plutôt, avant même que je naisse, c’est la pluie qui me berça, avec ses froissements pareils à ceux de la satinette ou de la soie des femmes qui allaient et venaient dans la maison, la maison silencieuse, toute en longueur, qui ne cessait de parler, d’une voix douce.

     Je m’échappais pour aller l’écouter - elle était ma véritable peau - dans les granges et les greniers. Et parfois je m’arrête encore au ras des portes, dans les villes, pour écouter sa parole qui est ma vraie maison.

     Je me rends compte que ne pas croire au Bon Dieu, ce n’est qu’une tournure d’esprit, et je ne peux l’admettre. Parce que tout est, partout, pour moi, peuplé par des voix, par les longues phrases murmurées de l’eau. Mon arbre était fait de résurgences obscures, et troué de clartés liquides. Ces voix se répandaient sur le jardin tout entier, et je m’endormais en son milieu, assis sur la fourche épaisse, comme au cœur de la source jaillissante du ciel.

 

Bernard MANCIET Jardins perdus, Nouvelles et petites proses, traduit de l’occitan par Guy Latry. L’Escampette Éditions Nouvelles, 2005.

22:04 | Lien permanent | Françoise