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11.01.2023

Envoi n°559. Anne BARBUSSE "RECLUSE" (extraits)

RECLUSE

(extraits)

 

 premier oiseau

d’où sait-il le jour

un second répond

froid par la fenêtre

branches mortes de l’amandier défiant les ciels

 

à quatre heures du matin

infusion de thym dans le bol

brièveté

deux notes

 

--  en bas, la musique, retrouvée, rassemblée,

et mes mots sont encore invisibles de nuit franchie

l’oiseau crie/chante

 

juste habiter

arbres et pierres

 

l’autonomie est l’utopie des vivantes,

nourriture des supermarchés, arpent bêché, potager envi-

sagé,

 

l’oiseau se double d’un autre oiseau

 

enveloppée/encerclée des énergies couplées du

soleil du vent et des pluies

acquises hors-monde par

les technologies plastifiées

on s’y perd, boucle bouclée

 

l’oiseau chante/crie et

 

le consumérisme a fabriqué des objets sériels que

les 4x4 ont montés pour les recluses

qui ont rechargé leur téléphone portable pour les

hommes intermittents

 

                          - les notes plurielles, l’oiseau convoqué

par le jour battant, toujours les lumières des

villes dans les vallons creusés de rivières transparentes et

 

de millénaires fusillés d’avance

quand on parcourt l’espace à défaut du temps tueur

 

- l’oiseau nous appelle dans le jour saoulé

de soleil vierge, premières phrases

sur le papier dans la lueur de lait entre

hésitation et ciel

 

                                                 - de quel côté le ciel

 

*

 

Anne BARBUSSE Recluse, extraits in ARPA, Revue de Poésie, N° 137-138

 *Anne BARBUSSE dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°558 « La non-mère ».

 

 

 

 

 

19:06 | Lien permanent | Françoise

28.12.2022

Envoi n°557. Werner Lambersy

 

Rien n’est encore écrit

Rien n’a posé encore

La hauteur de sa voix

Son rythme ni le ton

 

Mais le chant a

Commencé à chanter

Dans le silence

 

A danser dans

L’absence de signes

 

Il reste cependant

L’antique angoisse

La peur millénaire

 

D’être envahi par

Tant de mystères

 

 Werner LAMBERSY (16 novembre 1941-18 octobre 2021) LA CHARGE DE LA BRIGADE LEGERE  ou DE RE POETICA, Revue Décharge 191, septembre 2021. https://www.dechargelarevue.com/

 

*Werner LAMBERSY dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°329 « la beauté/est le dernier obstacle à opposer aux dictatures » ; envoi n°330 « il y a un cri/ on ne l’entend pas » ; envoi n°554 « la charge de la brigade légère ou De Re Poetica ».

 

Il y a un cri

on ne l’entend pas

 

Mais il y a un cri

poussé par les morts

dans la mort

 

Un cri si long

que ceux qui le poussent

n’ont plus besoin

de remuer les lèvres

ou de fermer la bouche

 

Alors on le confond

comme une étoile

derrière une autre

plus proche

 

Avec le grand silence

d’avant

 

 Werner Lambersy L’Horloge de Linné, éditions Phi, in Anthologie de la poésie française du XX° siècle **. Préface de Jorge Semprun. Edition de Jean-Baptiste Para. nrf Poésie/Gallimard. 2011.

 

 

23:28 | Lien permanent | Françoise

21.12.2022

Envoi n°556. Werner Lambersy

Aujourd’hui

Le ciel est vide

Pas un oiseau

 

Ni sur les toits

Ni dans les airs

 

C’est comme

Un mot à qui

Manquent des

Lettres

 

Un livre

Où manquent

Des pages

 

Que faire sinon

Siffler

A la fenêtre ?

*

 

Quoi s’est rapproché de moi

A me frôler

 

Sans dire son intention ni ses

Pouvoirs obscurs

 

Je ne pourrai pas vivre sans et

Pourtant il faut

 

Apprendre à s’en passer je suis

Dans ce malaise

 

De savoir que la beauté existe

Sans que je sache

 

Ce que je puis espérer encore

D’elle et du monde

Dans l’horreur de son retrait

*

Werner LAMBERSY (16 novembre 1941-18 octobre 2021) LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE  ou DE RE POETICA, Revue Décharge 191, septembre 2021. https://www.dechargelarevue.com/

 *Werner LAMBERSY dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°329 « la beauté/ est le dernier obstacle à opposer aux dictatures » ; envoi n°330 « il y a un cri/ on ne l’entend pas ».

 

 la beauté

est le dernier obstacle à opposer aux dictatures

 

elle est irréductible

aux lois en cela que sa loi

se réduit au besoin qu’on en ressent

 

la liberté

est l’espace qu’elle exige pour son ambassade

 

l’espérance

aussi amère soit-elle

en demeure la forme initiale et primitive

 

l’amour

aussi désespéré soit-il

en reste le fondement principal

 

la beauté

n’a pas de visage et peut

les prendre tous

sans rien changer à sa nature

 

son mystère est fraternel

son énergie originelle et fondatrice

 

Werner Lambersy, extrait de Le Panorama des poètes. Enquête sur la poésie francophone du XXI° siècle, de Françoise Siri. Lemieux éditeur, 2015.

 

 

21:19 | Lien permanent | Françoise