05.01.2022
Envoi n°509. Judith Chavanne "L'un étudie..."
L’un étudie, l’autre tente de se délivrer du souci dans
un cahier.
C’est le creux d’une matinée un peu grise mais douce
au milieu d’août ; la terrasse d’une ferme ancienne.
Un pic épeiche est survenu, à quelque distance dans
l’herbe.
Rien plus que lui n’est crucial, plus que sa furtive
apparition, sa robe mouchetée noir et blanc à l’ombre
du noisetier.
Car c’est l’oiseau,
le pic ou peut-être une autre fois la bergeronnette,
l’animal furtif ou farouche,
à l’immobile l’effrayé
qui introduit dans le nôtre un autre règne ;
c’est lui, dans ce jardin ou ailleurs
qui transforme nos moments perdus
en moments de conscience
-- qui sait ? en souvenirs...
Lui qui dans les après-midi d’été,
très légèrement mais jusqu’à l’intérieur,
nous aura visités
-- et fait de nous des étonnés.
Judith CHAVANNE L’Empreinte d’un instant, pp.3-4, éditions Potentille, 2021.
https://potentille.jimdofree.com/
* Judith Chavanne dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°1 « Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... » & envoi n°2 « Nous monterons aux montagnes d’espace... », extraits du recueil « Entre le silence et l’arbre » ; envoi n°74 « Pour ce que chacun en soi porte... » & envoi n°75 « Il y a ceux qui savent placer le silence... », extraits du recueil « Un seul bruissement ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
15:35 | Lien permanent | Françoise
29.12.2021
Envoi n°508. Max ALHAU LE VERTIGE, L'ESPOIR
LE VERTIGE, L’ESPOIR
A côtoyer les obstacles,
on se rend compte
que l’avenir n’est qu’un mot
en suspens pesant à peine
sur une vie qui bascule
vers des temps sans lendemain.
Pour Annie
La lointaine, l’en allée
quels mots seraient à même
de résilier son départ ?
Même la mémoire défaille :
son corps, son nom habitent
d’autres galaxies. Un jour
le temps ne se comptera plus
et nous continuerons à nous ignorer
sans jamais nous rejoindre,
puisqu’il en est ainsi de tout destin.
Le vent pourra te surprendre
alors que tu seras au bord du chemin à guetter
celle qui s’évade souvent de son nom.
Tu attendras que cesse la pluie
pour courir au plus près de son ombre,
pour recueillir quelques mots
laissés en marge d’un carnet
trop tôt égaré sans que te pèse
cette attente jamais comblée
et toi jamais déçu
par ce qui n’est que lueur.
(...)
Max ALHAU in ARPA Revue de Poésie N°132, juin 2021. http://www.arpa-poesie.fr/Nous.html
* Max Alhau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°48 & 49 « Vraisemblance du feu » in « Poètes de SUD », éditions Rijois, 1978 ; envoi n°507 : « Prendre congé » in Revue « Diérèse » N°79 http://revuepoesie.hautetfort.com/
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
18:48 | Lien permanent | Françoise
22.12.2021
Envoi n°507. Max Alhau "Prendre congé"
Prendre congé
Il y a ces instants qui tanguent
avant d’aborder on ne sait quel port,
avant de mesurer nos forces
pour des travaux minuscules.
On croit que tout est encore possible
comme le surgissement d’un jour de printemps
parmi les neiges ou un visage englouti
qui avive soudain la mémoire.
Mais rien ne recommence :
on s’incline face au vent
et l’on poursuit vers des terres
jamais nommées, toujours lointaines.
xxx
Tu ne sais où prendre place
sinon à côté de ce que tu fus.
A côté de celle qui a pris congé
de son nom, qui s’attarde
dans un temps libre désormais
de toute éternité.
Il faut bien rendre justice
à cette vie qui n’est que l’écho
d’une parole jamais achevée.
xxx
(...)
Max ALHAU in Revue Diérèse, poésie & littérature, N°79, été-automne 2020, pp.105-106. http://diereseetlesdeuxsiciles.hautetfort.com
* Max Alhau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°48 & 49 « Vraisemblance du feu » in « Poètes de SUD », éditions Rijois, 1978.
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
14:39 | Lien permanent | Françoise
