14.12.2022
Envoi n°555. Domi Bergougnoux "Fou ?" suivi de "Indigo"
Fou ?
Il était fou
peut-être
mais les autres ?
Marionnettes asservies
yeux recouverts
une taie opaque
les empêchait de voir
le gouffre du réel
s’ouvrir
sous leurs pieds
standardisés
normés
calibrés
Lui le fou avançait à pas de côté
à pas glissés chassés dansés
et ses pas de géant
traversaient les abîmes
Domi BERGOUGNOUX Fêlures in La Craquelure, dessins Jean-Denis Bonan, éditions Al Manar, Poésie, 2021.
Indigo
Pour ne pas se briser
en se jetant d’en haut
il faut apprendre à voler
sur les mots
Si tu as le vertige
la chute
sera irréversible
Pour ne pas déchirer
l’espace des oiseaux
il faut apprendre
à sculpter
l’indigo
Domi Bergougnoux Il faut apprendre à voler in La Craquelure, dessins Jean-Denis Bonan, éditions Al Manar, Poésie, 2021.
13:46 | Lien permanent | Françoise
07.12.2022
Envoi n°554. Domi Bergougnoux "Homme blessé"
Homme blessé
D’abord
approcher la souffrance hors normes
de l’homme blessé
pour aller vers la parole
Héros et soldat
toujours condamné
personnage tremblant de rage
empêché de vivre
inapte au lien
L’angoisse absolue
vampirise ses journées
le temps est en jachère
les spectres sont partout
Difficile d’aborder
le regard terrifié
où l’autre est ennemi
il faut prendre sa vision au sérieux
regarder l’insupportable
dans les yeux
Oser le décalage
d’écrire encore
sur le versant intime du chagrin
toute la force de mon amour
pour que la vie déjoue la mort
Domi BERGOUGNOUX La Craquelure, éditions Al Manar, 2021.
13:42 | Lien permanent | Françoise
30.11.2022
Envoi n°553. Jean-Marc Sourdillon "Le Merle"
Le merle
Tôt avant le petit matin, heure de la nuit la plus sereine, venu de très loin, quelqu’un se penche à ton oreille, y dépose en passant son secret,
pas une parole, plutôt un souffle, une seule syllabe, pour que tu le gardes bien à l’abri, le temps qu’il faudra et même davantage
jusqu’à ce qu’il revienne
ou qu’à défaut tu le deviennes.
ü
Plus aucun nom, plus aucun nombre, seul un oui dans la pénombre.
A peine une vrille, à peine un son, juste un petit vertige, là, dans l’oreille,
le chant du merle.
ü
Celui simplement qui dit oui et qui le dit sans le dire, qui le tourne, le module comme une cerise dans la bouche, qui le fait entendre à qui veut l’entendre dans la solitude splendide de la nuit.
Jean-Marc SOURDILLON L’Unique réponse, nrf Gallimard, 2020.
13:39 | Lien permanent | Françoise
