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15.12.2021

Envoi n°506. Hommage à Odile Caradec, avec deux illustrations de Claudine Goux.

Ô la fenêtre qui s’ouvrait d’un seul coup

parce que la vue sur la montagne était trop belle

 

Ô la nuit amoureuse

les longs serpents de baisers dans les chambres

les petits déjeuners flamboyants, richissimes

 

Ô le courage pour toute la vie

la bravoure et le chant du cœur

Ô le tapis immense et chaud

 

La mer entrait par les vaisseaux du cœur

elle s’y trouvait chez elle

comme en maison natale

 

ü  

Un amour qui déborde

un souvenir de larmes

et des arbres qui bruissent

près d’une maison tendre

 

A l’intérieur de moi

c’est chaud comme un vitrail

 

La brume enténèbre le cœur

Les arbres grandissent à chaque instant

Noël – les jours vont devenir des bougies

de plus en plus hautes

Nous allons avoir autant d’espace

que nous en désirions dans nos rêves

de musaraigne, de fennec aux yeux écartés

 

Je me penche sur les feuilles mordues par le gel

-- feuilles sont étoiles lointaines –

bientôt la neige me fera dériver vers la poésie

la mort est un grand manteau blanc

sans un pli sans une ombre

les ombrages de la mort sont dans les mains des

     morts

 

Odile Caradec République Terre/Republik Erde, traduits en allemand 

par Rüdiger Fischer, illustrations de Claudine Goux, édition bilingue Odile Verlag, 2013.

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Le poète doit être entouré de bêtes domestiques

un museau d’âne fait ombre

sur le mur où il trace ses signes

 

Le chat roule parmi les feutres

le chien ondoie vers le feu

 

Le poète est un animal si peu sûr de lui-même

qu’il ouvre et ferme toutes issues vers l’autre rive

 

L’araignée rousse a écrit dans sa main

un signe cabalistique

 

Sur son front un ver intermittent clignote

 

Odile Caradec Claudine Goux Les Moines solaires

préface de Martine Lamy, Éditions Associatives Clapàs, 2002

 

ü  

 Le Cheval étoilé

 

Pas rencontré âme qui vive

sauf âme chevaline

Œil tendre dans lequel je vois

mon corps entier

prêt à bondir par-dessus la montagne

 

Grand Œil, grande Narine

mes mains retiennent tout le foin du monde pour toi

 

Odile Caradec Claudine Goux Le Cheval étoilé in Les Moines solaires

préface de Martine Lamy, Éditions Associatives Clapàs, 2002.

 

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18:54 | Lien permanent |

08.12.2021

Envoi n°505. En hommage à Odile Caradec "Voeux pour une mise en bière" & autres poèmes.

 

Vœux pour une mise en bière

Je veux des musiciens
je veux des poètes
beaucoup de bruit et de fureur
des clowns sur les tombes ouvertes
des alléluias, des trompettes

Item je veux que l’on me mette
en violoncelle
ma bière aux hanches fines
qui tant chanta contre mon ventre
ensuite en bonne douce terre

Item je veux des papillons
un cortège de potirons
avec des lumières dedans

Item afin que nul n’oublie
les joyeusetés de la vie
fifres, tambours
et le bruit sourd
que fait la terre
en digérant un corps fidèle

 

Odile Caradec (5 février 1925-22 septembre 2021)

https://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2011/08/odile-caradec-une-libre-po%C3%A9sie.html

                                                         

J’ai retenu pas à pas la merveilleuse poitrine

du silence.

Le poème à écrire se déplace sur la page

avec la circonspection d’une coccinelle

évitant l’obstacle invisible

Il sinue, il hoquette, on le voudrait finir

et le polir avec la peau de ses deux paumes

Or dis-toi bien ceci : tout poème terminé

(l’est-il jamais)

ne vaut pas le formidable braiement de l’âne

Quant à mon âme, elle apprend doucement

à striduler avec tous les criquets

tous les grillons, toutes les cigales du monde

          •  

Lancer un poème dans le noir

dans la douceur térébrante du noir

avec un sabre de lumière

Adapter sa cervelle à l’incertain

au titubant, aux flocons sombres

Courir au plus pressé, au plus urgent

Désapprendre le monotone

l’implacable vent des minutes

            •  

Un poème non terminé est enroulé

sur ma machine et la bloque

Sur le papier caché il y a peut-être

des mots-étoiles, des mots-trous-noirs

des mots qui pourraient me projeter

hors de la planète terre

et engloutir mon âme passagère

en attendant la descente en piqué

de la cape sombre, taiseuse et sourde

 

Odile Caradec La poésie au crépuscule pp.73, 74, 75 in Le Ciel, Le Coeur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.         

                  •  

Chant de la nuit : échos glacés dans la fraîcheur lunaire

Li Shang-Yin

C’est en profonde nuit

qu’on y voir le plus clair dans les poèmes

En transparence comme les yeux des tigres

ils sont phosphorescents

 

Ce sont grains de raisin

grappes vives et fortes

à faire glisser sans heurts

dans les gosiers les plus secs

les plus roides

 

Sur les cœurs noirs, sur les âmes grises

le poème déroule son ombre cristalline

Il fait entrer son silence

sa blancheur et sa force

dans les êtres cadenassés.

 

Odile Caradec Clair miroir du cœur, reflet infini p.101 in Le Ciel, Le Cœur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.         

 

PETIT CŒUR DORE

Une mésange est entrée chez moi

affolée, minuscule

poids plume de mon cœur

 

J’ouvre toutes les fenêtres

je donne de l’air

et je vois s’élancer un bleu

un jaune, un vert

un arlequin de plumes

finalement un petit cœur doré

 

Odile Caradec Une rose, l’infini s’empare du train p.241 in Le Ciel, Le Cœur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.         

 

18:42 | Lien permanent |

01.12.2021

Envoi n°504. Alban Kacher "Δρόμο Je suis ici..."

 

 

Δρόμο

 

(...)

Je suis ici

parce que ça n’intéresse personne

ce village que les Grecs eux-mêmes désertent

ici parce qu’on n’y parle pas anglais

n’y boit pas de latte macchiato

parce que d’après les guides ce lieu

est absolument contournable

 

Je suis ici où il n’y a pas de ruines

mais des hommes dans leur maison debout

bergers apiculteurs chasseurs de lièvres

dans leur maison rarement j’aime

leur belle peau en terre cuite

au soleil d’ici

où il n’y a rien à voir

sinon beaux comme des femmes les bois d’arbousiers

où poussent des églises donnant sur la mer

sinon la mer

à perte de vue le ciel

à portée de main

 

Ici rien à faire sinon boire

tout le jour ce bleu

c’est cela

que je rapporterai en France

c’est cela

qu’il faut garder au fond de soi toujours

prendre une lampée quand la gorge se serre s’écrase la

poitrine

la couleur qui sauve

(...)

 

 

Alban Kacher, Δρόμο, revue ARPA* N°132, juin 2021 pp.58-59.  www.arpa.poesie.fr

* « Alban Kacher a 21 ans. Il a reçu en 2020 le prix de La Crypte pour son recueil Volvere. » https://www.editionsdelacrypte.fr/auteurs/alban-kacher/

*Alban Kacher dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°503 Δρόμο pp.56-57 in ARPA N°132.

 

 

 

 

 

 

12:06 | Lien permanent |