12.02.2025
Envoi n°651. Henry BAUCHAU "Petite ombre"
PETITE OMBRE
Par l’amour tout un printemps
tout l’été
je fus tant battue, dit-elle
et gaulée
secouée comme un prunier
Je n’ai plus de fleurs
je n’ai pas de fruits
encor tout énamourée
à genoux dans le verger
je n’ai que mes feuilles
et ma petite ombre
POLLEN
Avec le bleu de l’air
avec la sève de la feuille
avec la force des bleuets
mon abeille a quitté pour le Livre du ciel
le profond pollen des chagrins
Henry BAUCHAU Liant déliant in L’escalier bleu (1958-1963), Poésie complète, éditions Actes Sud, 2009.
*Henry Bauchau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°240 « Merence » & envoi n°241 « L’Harmonica, La nuit, Temps natal, Toute la nuit, Nous ne sommes pas séparés de la mort » in « L’escalier bleu », nrf Gallimard, 2012.
22:04 | Lien permanent | Françoise
05.02.2025
Envoi n°650. Anne-Marie BERNAD
Le poème
Se fait entendre…
Peut-être qu’au milieu du bruit, du chahut,
des bavardages, de la jungle sur la « toile »,
des ordinateurs, téléphones, une voix se fait
douce et feutrée, lointaine et exigeante
comme dans un ballet, une danseuse étoile.
Peut-être une petite planète aussi, qui vient
du fond des temps mais qui au bout de son
trajet, de ses années lumière, se révèle au
milieu d’une voie lactée et de myriades
d’étoiles.
La poésie contemporaine peut ainsi, dans sa
manière, être plus restrictive, pierres
assemblées comme des galaxies en fusion,
devenir abstraction, mais aussi un espace,
où les hommes d’aujourd’hui peuvent se
réfugier, car en définitive le poème, reste
plus que jamais, un lieu universel.
Pour le poète, il y a un sens à donner, un
regroupement à opérer, un fondement à
recréer, un art à édifier.
Le poème, doit aller vers celui qui se laisse
inonder par les mots, donneurs de sens, qui
révèlent une voix, mais il y a trop de bruit
sur cette terre…
La poésie est au cœur du silence, là où l’on
entend battre le cœur des poètes. Ils existent
encore et toujours, pauvres, mais ardents,
confiants ou pas, ils espèrent et peuvent
traduire la vitesse du temps présent et
parfois, le devancer.
A l’écoute d’une profondeur, jamais
atteinte par la puissance du savoir, (…)
Anne-Marie BERNAD Le secret du vivre, éditions L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 2022.
- Anne-Marie Bernad dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°648 & 650, extraits de « Le Secret du vivre ».
22:00 | Lien permanent | Françoise
29.01.2025
Envoi n°649. Pour célébrer le Nouvel An lunaire.
l’un des nôtres
le chat assis
réveillon de fin d’année
ISSA Kobayashi (1763-1828)
ü
La soif comme la faim,
Les rires comme les pleurs,
La douceur, les blessures,
La furie, les regrets,
Nous n’en jetterons rien,
Nous les emporterons tous,
Indégradables viatiques,
Pour un très long voyage.
François CHENG, de l’Académie française (Nanchang, 1929), La vraie gloire est ici, Gallimard, 2015.
ü
à un papillon
40
Toutes les couleurs du monde se concentrent dans tes ailes ;
Elles y forment les signes sacrés de la métamorphose.
Humble rampant, te voilà aérien, semant, propageant
L'immarcescible félicité des pétales en vol.
ü
72
En advenant, tu nais ;
En devenant, tu es.
Sois toujours l’advenance,
En tout lieu, en tout temps.
François CHENG, de l’Académie française (Nanchang, 1929), Suite orphique, 99 quatrains, postface de Daniel-Henri Pageaux, Gallimard, 2024.
- François CHENG dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°102 « Cyprès », 103 & 369 « Lumière juste érigée » : extraits de « Cantos Toscans », Editions Unes, 1999 ; envois n°370 « D’un arbre », n°382 « La mort n’est point notre issue » & 383 « Mais nous reverrons bien ceux à qui… », extraits de « La vraie gloire est ici », Gallimard, 2015.
- ISSA dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°2 : extrait de « Haïku », éditions Fayard, 1980, préface de Yves Bonnefoy ; envoi n°286, extrait de « Haïku » présentés et transcrits par Philippe Jaccottet (de la version anglaise de R.H. Blyth), dessins d’Anne-Marie Jaccottet. Editions Fata Morgana. Collection Les Immémoriaux. 1996.
21:57 | Lien permanent | Françoise
