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26.05.2021

Envoi n°480. Jean Pichet "Seul" & autres poèmes.

 

SEUL

 

Ce que dit la voix

grise du vent, mots errants,

mots perdus très loin

dans le ciel de novembre,

le cœur, le cœur seulement

peut l’entendre, cette tristesse

infiniment grande, semblable

pourtant à la sienne,

qu’il garde pour lui.

 

*

 

FROID PEUR

 

 

Comme tout est muet

de froid, ce matin !

Tout. Les choses autour

de toi. Les mots, en toi,

qui tombent comme

des oiseaux tués par

le froid. C’est l’hiver,

d’accord. Mais il n’est

pas seul en cause.

Secoue-toi. Il y a,

dans un coin du jardin,

un petit arbre

qui fleurit en hiver.

Tu vas auprès de lui,

de ses fleurs presqu’inodores

sous le givre. Et

tu as moins peur.

 

*

 

 

LE CHEMIN

 

A travers un chaos de roches

un chemin suit son chemin

sans souci du désert.

 

Une rivière coulait ici,

où il va, comme endormi,

vers une ville qui depuis longtemps

n’existe plus que dans les yeux des chats.

 

Et encore, juste le temps

d’un bond presqu’envol,

par-dessus le silence.

 

 

Jean PICHET Le vent reste incompris Aquarelle de Catherine Sourdillon.

Éditions  Illador, Les Cahiers. 2021

 

Jean Pichet dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°217 « Petite Feuille » ; 

envoi n°218 « Le Bouquet » ; envoi n°479 « Le Chêne et le Ruisseau » & autres poèmes.

 

17:06 | Lien permanent | Françoise

19.05.2021

Envoi n°479 Jean PICHET LE CHÊNE ET LE RUISSEAU & autres poèmes

 

LE CHÊNE ET LE RUISSEAU

 

Le chêne est vieux ; très vieux.

 

Mille ans. Plus, peut-être.

 

Ses feuilles ont quelques jours

à peine. Et le ruisseau

à ses pieds coule

comme depuis toujours.

 

LE TOUT PETIT PEU

 

L’ombre du tilleul

 

pèse sur l’absence.

 

Etouffe le silence. Protège

quelques fleurs fanées.

 

Ce sont elles, peut-être bien,

qui savent

le tout petit peu

qu’il faut savoir pour continuer.

 

 

NOCTURNE

 

La nuit venue, des yeux

qui n’ont jamais vu les étoiles

ouvrent la cage des colombes.

 

Les ailes ne font pas de bruit.

 

Un chien perdu ronge

les ossements de la peur. Ophélie

enfile sa nouvelle robe d’herbes

douteuses comme les cheveux du chagrin.

 

Au-dessus d’un pays où nul ne va,

d’où nul ne vient,

la lune rit.

 

Jean PICHET Le vent reste incompris Aquarelle de Catherine Sourdillon.

Editions  Illador, Les Cahiers. 2021

Jean Pichet dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°217 « Petite Feuille » ; envoi n°218 « Le Bouquet ».

12:24 | Lien permanent | Françoise

15.05.2021

Feuille Volante du 15 mai 2021, offerte par D.G. : Jean Rousselot "Il faudrait être encore plus simple…"

 

 

Il faudrait être encore plus simple,
Si simple que l'on puisse entrer
Dans la simplicité du vent,
Du soleil poussiéreux
Du linge qui pantelle sur la corde sans se plaindre.
Il n'y a pas de désespoir dans le monde,
Ni d'espoir.
Il n'y a que la simplicité du vent,
Du soleil,
Du linge,
De la corde ;
Il n'y a que la simplicité de l'eau,
Ses vergetures d'accouchée ;
Il n'y a que l'eau,
Le caillou,
La simple nécessité de brûler et de mourir.
Il faudrait pouvoir entrer sans frémir
Dans les choses.
Pourquoi cette révulsion de notre cœur ?
Pourquoi cet éternel énervement de nos nervures ?
La pensée ne construit rien. Le sentiment nous épuise.
Nous serrons les dents et saignons
Sans accoucher.
Nous pianotons sur les choses
Comme une pluie dont chaque goutte
Aurait peur de se faire du mal.
Nous sommes les petits électrisés du monde.
Nous n'entrons pas.

 

Jean Rousselot  Les Moyens d'existence, Seghers,1976.

 

 

17:25 | Lien permanent | Françoise