11.11.2020
Envoi n°458. Francis Vladimir "Automne"
Automne 274
Je vois les choses désormais
Avec l’étrangeté que confère
L’automne, saison de référence,
Où l’entre-deux se mêle
A toute incertitude
Automne 279
Poser sur chaque action
Le mot juste et concret
Eviter de tourner
Autour du pot des mots
Que l’automne a celé
Automne 335
Sur le quai de l’automne
Un bateau en partance
Tangue doucettement
Des âmes y embarquent
Pour mieux se retrouver
Automne 371
J’ai vu l’envers des feuilles mortes
Une nuit où je dormais,
Bercé par l’automne éphémère,
Et vu l’autre versant où mon âme
Enfin se reconnaît
Automne 386
Un hérisson est là dans le jardin
Mouillé. Il est roulé en boule
Forteresse vivante, palpitante
Et piquante, avec son museau fin
Qui hume l’air d’automne
Francis Vladimir Célébration.
Editions Pont 9, 2018.
15:05 | Lien permanent | Françoise
28.10.2020
Envoi n°457. Marilyne BERTONCINI: "La Noyée d'Onagawa".
A Onagawa, elle avait tapé sur son portable :
« Tsunami énorme » -
Ce furent sans doute les derniers mots de la femme de Yasuo,
Quelques signes d’un message
sans voix
sans corps.
(…)
Réfugiée sur le toit d’une banque d’Onagawa,
sa femme Yuko aurait à peine le temps de voir se dresser
l’immense muraille ruisselante –
près de vingt mètres de terreur avançant au galop
des juments de Diomède et de Glaukos,
dévorant tout sur leur passage.
Elle est raflée,
comme un poisson,
fauchée, désarticulée, ensevelie
dans le pesant linceul de l’eau en furie
qui brasse les choses et les corps comme une pâte unique,
et qui rejettera son portable comme on crache
un pépin.
Pas un cri ne s’entend dans le fracas des choses
qui s’écroulent. La mer déferle en hennissant
et ses crinières sont des langues,
lanières, tentacules
qui happent, frappent, emportent,
sans pitié dans l’écume échevelée : les arbres fouettés
entraînent dans leurs racines les bateaux remontés de la mer
qui traversent des ponts où s’écroulent des pans
d’immeubles, des silhouettes tombent, les voitures se cabrent
et flottent follement sur la crête de l’eau
qui les rabat soudain d’une gifle liquide
vers sa bouche de nuit
comme un monstre dévore
sa pitance.
(…)
Marilyne Bertoncini La noyée d’Onagawa. Rêverie poétique inspirée d’une dépêche de l’A.F.P. Préface de Xavier Bordes. Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI, janvier 2020.
En exergue : « Nothing left but their name »
Laurie Anderson, Life on a string
14:34 | Lien permanent | Françoise
Envoi n°456. Marilyne BERTONCINI :"La Noyée d'Onagawa".
C’était en mars – les cerisiers n’étaient pas encore en fleur
mais les bourgeons sans doute gonflaient
dans leur gaine de soie,
préparant la joyeuse explosion du sakura
dans les parcs et les jardins.
Autour des sanctuaires, toujours dans la grisaille
de l’humeur hivernale
qui fait strider les cordes du vent,
les daims peut-être découvraient les premières tiges
pâles sous la neige
qui se craquèle
aux abords des fontaines où sommeillent les carpes.
Y a-t-il de la neige encore sur la carapace des monts couchés,
dragons hérissés des pointes sombres des pins ?
Dans la cour des écoles, sinueuse traîne de cerfs-volants
l’écharpe des enfants voltigeait dans leur course.
La scintillante buée de leur haleine esquissait
de légers spectres
dans la fine brume côtière de fin d’hiver
et leurs cris appelaient celui des hirondelles.
Le ciel molletonné
est vide encore du triangle des grues dans leur vol printanier
et répercute comme étouffée la rumeur de la ville.
On pressentait dans l’air peut-être le parfum des fleurs,
et l’attente rose des pétales fleurissait les nuages
teintant le ciel où bientôt ils flotteraient
comme des millions de papillons
au-dessus d’Onagawa.
Marilyne Bertoncini La noyée d’Onagawa. Préface de Xavier Bordes.
Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI n°58. Janvier 2020.
14:32 | Lien permanent | Françoise
