03.02.2021
Envoi n°468. Agathe RIVALS ô peur
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ô
muse conte-moi
l’âme
quel délice
légitime la fureur
des mortels ?
voir les eaux
monter sans moissons
monde sourd
tous les jours saignent
trouvons le courage
et dépêchons |
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peur
colère et tristesse
juste boussole
quelle fatigue
tourner les pages
du mal
chacun pour soi
ou en mouvement
la solidarité ?
au cœur du chaos
dignes devenir incendies
vivre encore
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AgatAgathe RIVALS, revue Diérèse, poésie & littérature. Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière http://diereseetlesdeux-siciles.hautetfort.com
*Agathe RIVALS dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°375 & 377 : Les Saisons et les heures. Cinégramme. Préface de Robert Rapilly. Editions BHV Berline-Hubert-Vortex. 2018. 14, rue de la Gaieté 59000 Lille. https://www.youtube.com/watch?v=hLwEMoapEYw
21:25 | Lien permanent | Françoise
27.01.2021
Envoi n°467. Jean-Pierre Thuillat. Ce qui compte n'a pas de nom & autres poèmes
Ce qui compte
n'a pas de nom.
Cela se tient dans un feuillage
dans le regard vert d'un enfant
un reflet roux dans les cheveux
un brin de laine sur la nuque.
Le jour ne l'atteint pas.
Même la nuit le laisse
s'écrouler en silence.
A peine si la pluie
l'effleure du bout des gouttes.
Ce qui compte
n'a pas de nom.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Dans les ruines précédé de Marmailles* et suivi de Mutants.
Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015. Editions L’Arrière-Pays, 2014.
* « Pour les non-initiés : à La Réunion, « marmailles » désigne tendrement et gentiment tous les enfants (…) » (note de l'auteur).
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LA LICE
D’heure en heure, ce parcours du silence nous ouvre,
insoupçonnées, les voies du clair et de l’obscur. Le
jardin borne son espace. Dans l’étroit carré des palis
foisonnent plus de rencontres que n’en apporterait une
vie vagabonde. Un gîte s’ouvre, qui recèle nos gestes
quotidiens. De la fane étalée à la radicelle secrète, le
chemin est de sève, suc et eau. Libre à toi d’aller
chercher plus loin la trace qui te lie aux hommes
innommés. Remontée du silex, leur voix s’élève là. Le
microsillon des micas garde intacte l’image des
saisons abolies.
Regarde : nos rives n’ont pas besoin que les batte une
mer ! La paume d’un caillou nous parle davantage que
l’entonnoir d’un coquillage.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Jardins secrets in
Où l’œil se pose, Verglas du bonheur (II). Préface de Jean Joubert. Editions Fédérop, 2003.
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EXIL
L’air soudain plus pesant sous la ronde des arbres
et tu perds pied sur cette terre où tu n’auras été
qu’un peu d’eau agencée en homme
une graine de sel exilée de son ventre
dissoute aussitôt que parue.
Avec cette insatiable soif de lèvres nues
salives et larmes dont tu
n’auras eu que le temps d’entrevoir les délices
cette faim de silence et de mots éclatés
ces regards dans le tien remontés de la mère
ces yeux qui semblent couler de source mais voilent
sous leur limpidité l’immense désarroi
que la lumière y mit au jour de la naissance
et dont jamais ils n’ont guéri.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Cinq sonnets pervertis in
Le Versant d’ombre, Sélection Prix Jean Malrieu, Editions L’Arrière-Pays, 1996.
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XII QUAN LA NOVELA FLORS PAR EL VERJAN
Quan la novela flors par el verjan, On son vermelh, vert e blanc li brondel, Per la doussor qu’eu sent al torn de l’an, Chant autresi com fan li autre ausel ; Quar per ausel me tenc en maintas res Quar aus voler tot lo mielhz qu’el mon es ; Voler l’aus eu, e aver cor volon, Mas no-Ih aus dir mon cor, anz lo-Ih rescon.
Eu non sui drutz, ni d’amor non fenh tant Qu’el mon domna n’en razon ni n’appel Ni non domnei ; e si-m val autretan, Que lausengier fals, enojos, fradel, Desensenhat, vilan e malapres Ant de mi dit, tant en son entremes Que fant cuidar que la genser del mon Mi tenha gai, jauzen e desiron.
C’om sens domna non pot far d’amor chan Mas sirventes farai frecs e novel. (…)
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XII QUAND LA NOUVELLE FLEUR APPARAÎT SUR LA BRANCHE
Quand la nouvelle fleur apparaît sur la branche Et que tournent au vermeil, vert et blanc les rameaux, Pour la douceur qu’on sent au tournant de l’année 1, Je me mets à chanter comme font les oiseaux ; Car par maintes façons, je me tiens pour oiseau Puisque j’ai le désir du mieux qui soit au monde ; J’ose la désirer et avoir le cœur plein Mais je n’ose le dire et le cache au contraire.
Je ne suis pas amant ni ne soupire d’amour Assez pour en parler ou prier une dame Et ne fait point la cour ; et cela me va bien Car de mauvaises langues, des fâcheux, des truands, Des incultes, des vilains et des malappris Ont cancané sur moi, tant ils sont importuns, Pour donner à penser que la plus belle au monde Me tienne allègre, empli de joie et de désir.
Comme sans dame on ne fait pas de chanson d’amour 2, Je ferai donc un sirventés frais et nouveau. (…) |
- « Avant le XVIème siècle, en Aquitaine, on utilisait généralement le « style de Pâques » qui faisait débuter l’année au Premier Avril.
- La composition de ce poème correspond aussi, même s’il n’y faut voir aucun lien, avec la période où Bertran a perdu sa première épouse et n’est sans doute pas encore remarié.
Présentation.
"Les deux premières strophes (ou coblas, couplets) relèvent de la chanson d’amour telle qu’on l’attend chez les troubadours. C’est le printemps et Bertran nous fait part de ses états d’âme en un temps où, nous dit-il, il n’a « pas de dame à courtiser ». Puis, en deux vers seulement, il retourne la situation et nous annonce que c’est en fin de compte « un sirventés frais et nouveau » qu’il va composer !
A partir de là, il s’adresse à Richard Cœur de Lion pour l’encourager à ne pas baisser la garde, mais à continuer de « dépouiller » et « tondre » ses ennemis. pp.122-123 (…)"
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Haut & Fort Chansons de Bertran de Born, Présentation et traduction de Jean-Pierre Thuillat, édition bilingue occitan-français. Editions fédérop, collection littérature occitane « Troubadours », 2018. Jean-Pierre Thuillat Bertran de Born Histoire et légende. Prix Brantôme de la biographie historique. Editions Fanlac, 2009.
21:15 | Lien permanent | Françoise
20.01.2021
Envoi n°466. Jean-Pierre Thuillat Portrait de l'artiste en oiseau & autres poèmes
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Dans les ruines précédé de Marmailles et suivi de Mutants. Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015. Editions L’Arrière-Pays, 2014.
PROMESSE
Je suis celui dont les mains ont pouvoir d’amarrer à la nuit la coque de tes seins. Et je ne connais pas ici-bas d’autre tâche qui me captiverait avec autant d’ardeur. Je n’en finirai pas de découvrir ton corps, tes courbes moulurées par mainmise d’eaux- fortes. Une vie n’y pourra suffire.
Aussi nous reviendrons, crois-moi, sur cette Terre où nous n’aurons eu que le temps d’entrevoir comme elle peut être belle et faite pour l’amour.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Où l’œil se pose, Verglas du bonheur (II).
Préface de Jean Joubert. Editions Fédérop, 2003.
*
ARTISAN DES MOTS
à mon père, i.m.
Mon père
je n’ai pas égaré
ta varlope et ta gouge.
Artisan du langage
je bâtis moi aussi
des meubles de mes mains.
Pas plus nobles mes mots
que tes planches veinées
des rides du noyer.
Combien d’heures d’établi
pour monter un bouquin
qui tienne sur ses pieds !
Vers la fin deux doigts d’encaustique
et le voici qui luit
d’une étrange lumière.
Du bois l’or pourtant
il attendra longtemps
la patine des ans.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021),
Dans les ruines précédé de Marmailles et suivi de Mutants.
Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015.
Editions L’Arrière-Pays, 2014.
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