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10.03.2021

Envoi n°473. Luce Van Torre-Rodriguez "Ecailles"

 

 

Ecailles

 

Gorgés d’ombres et de silence, mes soupirs d’enfance oblitérés libèrent leur encre, tissent leur impatience. Trames brisées de chanvre et de soie, perdus dans l’inaccessible de la vie.

 

Dans un silence bruité d’herbes sèches, de cairn en cairn, je m’évade, étrangère, vers ces terres lointaines où vécurent nos âmes ridées. Vers ces cols enneigés, ces vallées suspendues que l’on n’atteint qu’à pied, accompagné par des ânes embattrés. Ces cascades et vasques secrètes où l’on se plonge nu, lacs de lune aux eaux colorées et glaciales.

Vers ces ruines aïeules, enchevêtrées de lianes, refuges enfouis dans la mutité des pierres.

 

 Saurai-je encore convoquer la mémoire des êtres, des ombres et des choses qui court dans mes veines ?

 

 A la fenêtre de mes jours, ignorant l’opacité de la nuit, je grave, dans le calcaire, des écailles de rêves ébréchés.

Mes pas impérieux, à la recherche d’un illusoire ancrage, se déportent, réclament l’obstacle.

 

Luce VAN TORRE-RODRIGUEZ LISIERES Editions Les Autanes. 2021

www.editions-les-autanes.com

 

 

 

18:21 | Lien permanent | Françoise

03.03.2021

Envoi n°472. Jean-Marie Alfroy "Rien..." suivi de "Rouge-gorge...".

 

 

Rien

puis tel village à la proue de repos éternel

et sur qui veille la moindre salle aux prières.

Le vent souffle sur ce nord déserté de verdure

et se lamente de la chute des ruines

vers leurs enfers.

 

A l’assaut du mont pèsent les cuirasses

sur les ventres mal repus des armées brigandes.

Souvenir des maisons aux fenêtres écartées

sur le vide du soir.

 

Dans la rue circulaire les pas d’un étranger

qui me ressemble ralentissent.

L’eau sourd enfin du rocher

et plonge dans la coque sombre.

Repose-toi Triton.

 

Rouge-gorge

des derniers soleils de novembre

je t’ai trouvé mort ce matin

fleur fanée

sur les pierres de la terrasse.

 

Nous avions été trois semaines

compagnons de même existence

je bêchais tu chantais

la vie donne parfois ces bonheurs.

 

Sans le savoir c’est ton bûcher

de branches et d’herbes séchées

que j’avais dressé au jardin.

 

J’ai mis le feu

repris ma bêche

et sanctifié mon travail

à la fumée de tes funérailles.

 

Jean-Marie ALFROY, revue FRICHES n°110, mai 2012, http://www.friches.org/

 

15:02 | Lien permanent | Françoise

24.02.2021

Envoi n°471. Jean-Marie Alfroy "L'AMI".

 

L’AMI.

 

Est-ce toi l’ami des étés perdus

qui soupires là-haut dans les ramures

la fraîcheur matinale de mon errance ?

 

Est-ce toi qui fais dur silence mais signal

depuis ce sommeil qu’on t’a promis

préluder à d’éternelles musiques –

Shadows ou Mozart, rockabilly ou bop ?

 

Puis-je croire à ta relève au jour de la fin des jours

à ta naïve élection au parlement des justes

à ta chanson forestière pour les femmes en feuilles ?

 

Est-ce toi qui me pousses aux épaules

de toute la force de ta large paume éclatée

qui te tais derrière moi si fort

que je me retourne face à ton absence ?

 

Oui je marche parce que je vis encore la vie

que mes anges et mes démons ne souhaitaient pas. 

Le corps de Marylin lacéré de mensonges

me guide à travers les buissons noirs de mon pays désuet.

 

J’écoute les mots que tu ne dis pas

toi qui préférais les arbres au point de vouloir

grandir – hêtre ou platane – pour que les chiens

pissent sur tes pieds enracinés.

 

Jean-Marie ALFROY Revue Traction-Brabant, n° 92, janvier 2021,

revue de Patrice Maltaverne http://traction-brabant.blogspot.com/

 

*Jean-Marie Alfroy dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°199 « Le vent est venu s'étendre à mes côtés sur le lit de plein jour… » ; n°200 « Visions amères (extraits) » ; n°259 « Quelle est cette voix qui me dit d’aller parler aux montagnes… » ; n°260 : « Montre-moi la Muse… »

 

 

 

13:48 | Lien permanent | Françoise