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09.09.2020

Envoi n°449. Jean-Marie PETIT : "Nationale 7"& autres poèmes.

 

Nationale 7

 

Je te sors de la ferraille

Ecrasée sur la route

Tu pleures, tu meurs

Ton sang emplâtre ma chemise

et coule

Et je gueule vers Dieu

Tes vingt ans explosés

dans l’été

ordinaire.

 

Nacionala 7

 

Te trasi de la ferralha

Espotida sus la rota

ploras, morisses

Ton sang m’emplastra la camisa

e raja

E brami cap a Dieu

Tos vint ans matrassats

dins l’estiu

ordinari.

 

 

 

 

 

Le printemps a volé ta mort

et tout ce que je peux te dire

me revient. Dis-moi que faut-il

pour mourir avec ton sourire

Jean Petit au regard si clair ?

Le poids de ton corps dans mes bras

l’escalier qui descend à terre

et ton cercueil que j’ai vissé…

Messe de mort Dies Irae

Et le torrent de tes amis

qui disent des mots sans paroles…

Il pleut sur le jardin d’en face

J’ai froid à tes os à mon cœur

tes arbres ont perdu leurs fleurs

Ici on a voilé les glaces.

 

 

 

Jean Marie Petit « Sans fin » in « De ce côté du jour ». Edition bilingue. Les lettres occitanes. 2008. p.62/63 & 66/67

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour Jean Petit                             

Dis-moi comment ça se passe

La mort depuis trente ans.

Dis-moi que j’ai raison

De ne pas y croire

Et que c’est toi

Toujours vivant qui me parles

De temps en temps

En faisant mine de ne pas rire

Comme de ne pas pleurer.

Dis-moi que tu m’attends

A mon heure

Et que tu diras

« Oh ! Couillon.

C’est papa ».

 

 

 

Jean Marie Petit « …et de la nuit » in « De ce côté du jour ». Edition bilingue. Les lettres occitanes. 2008. p.158/159

 

 

 

 

 

La prima a rabauda ta mòrt

e tot çò que te pòdi dire

me torna. Diga-me çò que cal

per morir plen de rire

Joan Petit a l’agach tant clar

Lo pes de ton còs dins mos braces

l’escalièr que devala a tèrra

e ta caissa qu’ai clavelada…

Messa de mòrt Dies Irae

e lo torrent de tos amics

que disons de mòts sens paraulas…

Plòu sus l’òrt en fàcia l’ostal

Ai freg a tos òsses a mon còr

tos arbres an tombat sas flors

Avèm acaptat los miralhs

 

Joan Maria Petit « « A de reng… » in « D’aquest man del jorn ». letras d’òc. 2008. p.62/63 & 66/67

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjorn Joan de Petit

Diga-me coma se passa

La mòrt dempuèi trenta ans.

Diga-me qu’ai rason

D’i pas creire

E qu’es tu

Sempre viu que me parlas.

E d’ara enlà

En faguent mina de pas rire

Coma de pas plorar.

Diga-me que m’espèras

A mon ora

E que diràs

« Ou, Colhon.

Es papà ».

 

Joan Maria Petit « « …e de la nuèit » in « D’aquest man del jorn ». letras d’òc. 2008. p.158/159

 

 

AUTOMN DE CASTANHALS

 

Automn de castanhals de singlars e de cabras

De bolets amagats d’aire viu e de lum

De dins mon cap escali la montanha

Lo poèma corrìs dins l’anar de mon pas…

Repapiar e beure d’aiga a cada font

Lo temps s’endinsa siài al meu

Lo camin me seguìs e me reviri pas

 

AUTOMNE DE CHÂTAIGNERAIES

 

Automne de châtaigneraies, de sangliers et de chèvres

De champignons cachés, d’air vif et de lumière

Seul dans ma tête j’escalade la montagne

Le poème court au rythme de mon pas…

Ressasser et boire de l’eau à chaque fontaine

Le temps s’intériorise je suis chez moi

Le chemin me suit

Je ne regarde pas en arrière

p.33

 

CÒR QUE DINS SON DESIR SE GLACA

 

Còr que dins son desir se glaça

Enfant mai leugièr que son sòmi

Tendre aucèl que desesperèt

Siàs aquì a plaça justa

Ont mon amor vos depausèt

 

CŒUR QUI DANS SON DESIR SE GLACE

 

Cœur qui dans son désir se glace

Enfant plus petit que son rêve

Tendre oiseau qui désespéra

Vous êtes à la juste place

Où mon amour vous déposa

p.37

 

13:51 | Lien permanent | Françoise

02.09.2020

Envoi n°448. Sylvie-E. Salicetti 'Et quand tu écriras..." (suite)

 

 

(…)

cette nuit j’ai vu marcher le temps comme s’il était un homme

le temps comme s’il était vivant avait blanchi ma vue

                                              -  sais-tu ce que j’ai fait ? –

je l’ai remis entre deux gardes  Ce siècle noir

fait mien – barricadé derrière

la porte – il est à présent

le plus pur prisonnier des nuages et il s’appelle

la foudre

il existe une cérémonie pour l’enterrer

tu le reconnaîtras cet ermite entre les grains du papier

 

j’ai aboli la durée des choses

rassemblé l’éternité des branches

                          - les branches qui troquaient les

les moineaux contre

du sel de ténèbres –

 

leur chant levait puis c’était le pain rompu

les salines s’en souviennent qui furent

déchirées par des griffes

légendaires Quand tu écriras

ce sera le matin appuyé sur la nuit

le temps sera blessé

il marchera en soutenant la hanche

de la terre

la présence immédiate sera une voix

coupante Ton timbre

de roche ruisselant Cette île

dans le corps

falaise des Sanguinaires – ce sera toi

 

quand ta poitrine sera remplie

de cascades sans âge

de vestiges solaires – un rite s’offre par ici –

une sorcellerie de ruines splendides

alors danse pieds nus dans les pailles

avec les brochets vifs Que ton âme nage

sur le corps de la lumière

aux parois de grès

et de destin

cette nuit je l’ai vue se lever mon enfance

elle que je croyais emportée par le torrent de l’habitude

d’Être

 

viendras-tu avec les disparus pour ne pas mentir ?

dire le peu que tu sais : comment tu l’as vue

si vivante – la nuit du Yabboq ?

viendras-tu couvrir ta bouche d’un or amer

afin de parler juste – comme après un adieu

comme après le silence là-haut

des sentinelles

atteintes par le désert ?

(…)

 

Sylvie-E. SALICETTI Et quand tu écriras Editions La Porte 2015

 

 

 

 

20:33 | Lien permanent | Françoise

26.08.2020

Envoi n°447. Sylvie-E. Salicetti "Et quand tu écriras..."

 

Et quand tu écriras, ne regarde pas

ce que tu écris, pense au soleil

qui brûle sans voir

     Gonzalo Rojas

 

et quand tu écriras ne regarde pas le temps

 

tu l’as vu se lever le temps – comme s’il était libre

le temps pierreux – chaînes aux pieds – s’arrêter à la nuit

dans ta geôle où coule

 

l’abandon  La lampe basse de l’heure a camouflé

les étoiles sous la neige  Le temps

dort dans son cachot La lune

        • encore accoudée au bord de la fenêtre –

lui radote sa vieille histoire ressassée

ses idées-araignées

salies par la clarté

aux embrasures  L’instant demande :

dis-moi la vérité sur l’amour

et vient l’art de la joie  Le soleil de pierre je le taille

le soleil de bois je le fais brûler  Le soleil de bronze

il sourd sous le gong Et quand tu écriras

 

le soleil n’aura rien à dire  Il ne sait pas

parler à la neige – jusqu’au dernier flocon

il la perd

dans le lac d’un arrière-pays que personne

ne connaît et qui s’appelle la mort

 

cette nuit j’ai vu marcher le temps comme s’il était un homme

le temps comme s’il était vivant avait blanchi ma vue

        • sais-tu ce que j’ai fait ? –

je l’ai remis entre deux gardes  Ce siècle noir

fait mien – barricadé derrière

la porte – il est à présent

le plus pur prisonnier des nuages et il s’appelle

la foudre

il existe une cérémonie pour l’enterrer

tu le reconnaîtras cet ermite entre les grains du papier

 

Sylvie-E. SALICETTI Et quand tu écriras Editions La Porte 2015

 

 

 

09:32 | Lien permanent | Françoise