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16.10.2024

Envoi n°636. Jean-Claude PIROTTE "faux nuages faux oiseaux..."

 

faux nuages faux oiseaux

dans le poème fabriqué

comment dire les vrais

oiseaux les nuages le ciel

et la couleur de l’eau ?

          *

 

si je suis un poète

(ce qui n’est pas démontré)

j’en suis un du passé

d’un passé si passé

 

qu’il est tout rechigné

qu’il passe inaperçu

même s’il sonne vrai

à la cloche du temps

          *

 

par la porte fermée

j’entends gémir le vent

le vent c’est un enfant

sans père sans parents

 

durant sa longue histoire

il ne vieillit jamais

cela le fait pleurer

il voudrait être grand

 

plus grand que l’océan

il l’est mais il ne sait

mesurer sa hauteur

sa taille et son ardeur

 

il se croit enchaîné

à la porte fermée

          *

 

serais-je l’enfant que je suis

le jour de la dernière pluie

on a beau dire on n’est pas né

de la dernière nuit

 

vieillir ce n’est pas mon affaire

je vis dans l’enfance du temps

quitterais-je le très vieux temps

que je le reverrais sous terre

 

car les morts font juste semblant

de se détacher des chimères

qui asservissent les vivants

mais les morts deviennent méfiants

 

ils soupçonnent leur sommeil

de les rapprocher des vivants

et de les habiller en rêve

d’un corps  d’un corps trop encombrant

          *

Jean-Claude PIROTTE corps encombrant  in Vaine pâture*, éditions Mercure de France, 2013, pages 105-108.

 

  • « Les vaines pâtures sont les grands chemins, les prés après la fauchaison, les guérets ou terres en friches, et généralement tous les héritages où il n’y a ni semence ni fruit, et qui, par la loi ou l’usage du pays, ne sont pas en défends. » Bayle-Mouillard, Projet de code rural, 1868.
  • Jean-Claude Pirotte dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°159 « La poésie c’est bon pour les oisons, les oiseaux, les oisifs » in « Faubourg ». Éditions Le Temps qu'il fait in « Anthologie de la poésie française du XXe siècle » Nrf Poésie/Gallimard. 2011(premier dépôt légal février 2000) ; envoi n°160 : « Un poème d’après-midi » in « A Saint-Léger suis réfugié » Éditions L'Arrière-Pays. 2014. http://xn--larrirepays-29a.fr/ ; envois n°635 & 636 : extraits de « Vaine pâture », Mercure de France, 2013.

 Éric Dazzan :  Pirotte ou « l'Inventeur du seul chemin » in « Arpa, Revue de Poésie » n°104, juin 2012.

 

 

22:21 | Lien permanent | Françoise

09.10.2024

Envoi n°635. Jean-Claude PIROTTE "nous n'aurons jamais fini..."

 

nous n’aurons jamais fini

de pleurer la mort de Max

de Desnos ou de Fondane

et de tant d’autres amis

 

que nous n’avons pas connus

nous n’aurons jamais fini

de mourir avec les nus

et les morts de nos finages

 

aurons-nous jamais fini

de nous retirer ici

où sont les lèvres de ceux

qui parlaient comme des dieux

 

 

Jean-Claude PIROTTE (1939-2014) Vaine pâture Editions Mercure de France, 2013.

 

  • Jean-Claude Pirotte dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°159 « La poésie c’est bon pour les oisons, les oiseaux, les oisifs » in « Faubourg ». Éditions Le Temps qu'il fait in « Anthologie de la poésie française du XXe siècle » Nrf Poésie/Gallimard. 2011(premier dépôt légal février 2000) ; envoi n°160 : « Un poème d’après-midi » in « A Saint-Léger suis réfugié » Éditions L'Arrière-Pays. 2014. http://xn--larrirepays-29a.fr/
  •      Éric Dazzan :  Pirotte ou « l'Inventeur du seul chemin » in Arpa, Revue de Poésie, n°104, juin 2012.

 

22:24 | Lien permanent | Françoise

02.10.2024

Envoi n°634. Hélène CADOU.

La poésie est une demeure qui n’abrite pas.

                                  Hélène Cadou

 

                       COMME UNE COUPE DE HEIDSIECK

                                   SUR L’INCARNAT DES ROBES

 

                          Le boulevard de la mer

S’enlise

Dans les sables

 

Promenade

Sur l’envers

Du soir

 

On entend au loin

Une musique blanche

Et douce

 

Comme un ange qui passe

 

Juste

Pour rien

Pour le rappel

 

Une lampe

Surgira

Avec des mains et des paroles

Tout autour

 

Mais il sera trop tard

 

                       *

(...)

                

                         *

Chaise longue

 

Après-midi

En creux

 

Absence

D’une forme

Devinée sur la toile

 

Dans les vagues

Le corps

Rejoint le monde

A sa naissance

 

Elle reviendra

Rêveuse

Ignorant la chaise

 

Qui demeure

Offerte au vent

Comme une attente fragile

 

Au devant

De la nuit.

 

        *

 

Hélène CADOU (4 juin 1922- 21 juin 2014)  in Choisir la poésie en France, préparé par Bernard Pozier. Editeur Les Ecrits des Forges*, Québec, 1988.

 

*Les Ecrits des Forges, fondés par Gatien Lapointe, existent grâce à la collaboration de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

 

23:11 | Lien permanent | Françoise