18.12.2024
Envoi n°645. Janine Modlinger "Sur l'écriture".
SUR L'ÉCRITURE
Quand je la perdis, tout devint blanc, immensément vide.
Pour conjurer le vide, pour tenter de l’habiter :
Tracer des signes sur la page, sur ce blanc, le remplir de mots.
Les lettres sont les vêtements que je porte pour habiller le vide.
Sur ma peau, sur mon corps séparé d’elle.
La page est une peau que je me reconstruis. Chaque lettre est une couture, les pages écrites une cicatrice à même la peau.
L’écriture recoud le corps (tord le cou à la mort).
Les lettres vivent, portent la vie, le souffle, le désir.
Elles vont et viennent, s’accouplent, s’ajointent, donnent naissance aux mots, mettent au monde le sens.
Le sens se répand, s’ébruite, s’envole.
Ailes du sens, ailes du désir.
Le sens se déploie en végétation, mondes, étoiles, fleurs des champs, c’est tout un monde, une luxuriance, qui renaît sur la page, sur la peau.
Les mots donnent visage, les visages prennent forme, prennent vie.
Donnent la vie.
Elle apprend à marcher sur la peau des mots, sur la page, à hauteur d’une humanité possible.
La page s’envole, elle est oiseau de vie, de partage, elle va vers la rencontre, vers le visage.
Semaison de vie, de fruits mûrs, gorgées de bonté, de beauté.
Les mots éclatent en fruits d’or sur la page.
Janine Modlinger, ARPA Revue de Poésie, N°145-146, Novembre 2024.
- Janine Modlinger dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°20 ; envoi n°359 « Profusion » ; envoi n°360 « Nous avons marché » ; envoi n°394 « Ma demeure est le présent » ; envoi n°395 « Si grande, la beauté, … » ; envoi n°645 « Sur l’écriture ».
- Janine Modlinger : ébauche de bibliographie : « Veille », Harmattan, 1998 ; « Bernard Picard, le don d’une présence », Biblieurope, 1998 ; « De feu vivant », éditions Eclats d’encre, 2008 ; « Une lumière à peine. Carnets », préface de Gérard Bocholier, Editions de l'Atlantique, 2012 » ; « Eblouissements », préface de Gérard Bocholier, Ad Solem, 2014 ; « Traversée » Poésie, Ad Solem, 2018 ; « D’une lumière neuve », Ad Solem, 2023.
10:55 | Lien permanent | Françoise
11.12.2024
Envoi n°644. Pierre Maubé "A l'orée"
A L’OREE
Nos yeux devinent
le silence du ciel derrière les collines
et le frisson de chaque branche
et chaque source entre les mousses, dans le soir,
Nos mains prennent
un peu de terre, au poids de vie, au goût de temps,
Lumière naît,
la saveur des siècles oubliés
déferle dans notre souffle,
Nos voix devinent le nom imprononçable,
chaque fruit est promesse
et chaque floraison précède notre vœu,
Nous nous tenons
à l’avancée des arbres,
à la veine du monde,
Nous vivons à l’orée de la vie souveraine.
Pierre Maubé Mémorable, dix poèmes, in Alkemie, Revue semestrielle de littérature et de philosophie, n°33, 2024-1, L‘enfance. Classiques Garnier, 2024.
Résumé – Nous sommes faits de souvenirs effilochés. Nous avons oublié bien des mots, bien des silences, bien des gestes heureux et des jours déchirants, et les bribes subsistantes ont pour nom mémoire. Notre mémoire nous assigne à résidence, elle nous détruit et nous construit, elle nous abandonne et nous donne à sa nuit, nuit peuplée d’étoiles incandescentes et fragiles. Nous sommes transpercés de lances lumineuses, nous sommes faits d’une mémoire défaillante, elle érode en nous mille ruines fertiles.
- Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121 ; envois n°367& 368, extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 « Kaddish pour Rose », extrait de « Etrange » (suivi de) « Onze Kaddishim pour Rose ». Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n° 476 « Une journée très ordinaire » & « Ce n’est jamais le moment », deux inédits adressés par l’auteur ; envois n° 577 & 578 : « Lève-toi et meurs », revue Décharge n°197 ; envois n°604 & 605 « Étrangement », revue Libres Mots du Capital des Mots ; envois n°643 & 644 : « Château de sable » & « A l’orée », extraits de « Mémorable, dix poèmes », Alkemie, revue semestrielle de littérature et de philosophie, n°33, 2024 – 1, L’enfance.
10:58 | Lien permanent | Françoise
04.12.2024
Envoi n°643. Pierre Maubé "Château de sable".
CHÂTEAU DE SABLE
Sur mon chagrin descend le soir
et sa dangereuse douceur,
pourquoi chercher à te revoir,
sorcière belle à faire peur,
J’étais un fanfaron timide,
fort et fragile devant toi,
je bavardais comme on s’enivre,
je souriais comme on se noie,
La vie est un château de sable,
la marée monte doucement,
vague après vague, impitoyable,
et détruit les rêves d’enfant,
Je joue une musique lente
sur un violon désaccordé,
mes souvenirs ont goût d’absence
comme des fruits empoisonnés,
Que reste-t-il de nos paroles,
un feu qui lentement s’éteint,
les illusions sont des lucioles
qui disparaissent le matin,
Ces moments qui étaient les nôtres,
lumineux comme un chant d’oiseau,
aujourd’hui ne laissent rien d’autre
qu’un peu de sable au fil de l’eau,
Pourquoi chercher à te revoir,
te murmurer des mots usés,
te dire un dernier au revoir
et te regarder t’en aller,
La vie est un château de sable,
la marée monte doucement,
vague après vague, impitoyable,
et détruit les rêves d’enfant.
Pierre Maubé Mémorable, dix poèmes, in Alkemie, Revue semestrielle de littérature et de philosophie, n°33, 2024-1, L‘enfance. Classiques Garnier, 2024.
- Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121 ; envois n°367& 368, extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 « Kaddish pour Rose », extrait de « Etrange » (suivi de) « Onze Kaddishim pour Rose ». Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n° 476 « Une journée très ordinaire » & « Ce n’est jamais le moment », deux inédits adressés par l’auteur ; envois n° 577 & 578 : « Lève-toi et meurs », revue Décharge n°197 ; envois n°604 & 605 « Étrangement », revue Libres Mots du Capital des Mots ; envoi n°643 "CHÂTEAU DE SABLE"
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
11:03 | Lien permanent | Françoise
