23.01.2013
Envoi n°94. Emily Dickinson "To make a prairie..."
1755
To make a prairie it takes a clover and one bee, –
One clover, and a bee,
And revery.
The revery alone will do
If bees are few.
1755
Pour faire une prairie il faut un trèfle et une seule abeille,
Un seul trèfle, et une abeille,
Et la rêverie.
La rêverie seule fera l'affaire,
Si on manque d'abeilles.
Emily Dickinson Lieu-dit L’Éternité. Poèmes choisis
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) et présenté par Patrick Reumaux.
Édition bilingue. Collection Points Poésie. P1792. 2007
15:43 | Lien permanent | Françoise
16.01.2013
Envoi n°93. Emily Dickinson "She sweeps with many-colored brooms..."
219
She sweeps with many-colored brooms,
And leaves the shreds behind ;
Oh, housewife in the evening west,
Come back, and dust the pond !
You dropped a purple ravelling in,
You dropped an amber thread ;
And now you've littered all the East
With duds of emerald !
And still she plies her spotted brooms,
And still the aprons fly,
Till brooms fade softly into stars –
And then I come away.
219
Elle passe des Balais multicolores –
Et laisse les Fils derrière –
Oh Ménagère du Soir –
Reviens épousseter la Mare !
Tu as laissé tomber une Effilure Rouge –
Laissé tomber un fil d'Ambre –
Et maintenant jonché tout l'Est
De Nippes d’Émeraude !
Et toujours elle pousse un Balai tacheté,
Et toujours les Tabliers volent,
Les Balais peu à peu s'effacent dans les étoiles –
Et moi je m'en vais –
Emily Dickinson Lieu-dit L’Éternité Poèmes choisis
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) et présenté par Patrick Reumaux. Édition bilingue. Collection Points Poésie. P1792. 2007
18:40 | Lien permanent | Françoise
09.01.2013
Envoi n°92. Thierry Metz " La table est mise l'assiette est nue..."
La table est mise
l'assiette est nue
que survole une aile
éclairée de bleu
personne ne dit rien
c'est le petit jour
et du pain sur la nappe.
*
Flanqué d'oiseaux
j'entre dans le bois
c'est là qu'on travaille
avec de jeunes outils
à la taille à la coupe
on fait des feux
qui font peur aux arbres
puis chaque feuille s'abandonne.
*
De n'être rien
que ce qui est
de ce qu'il reste
brûlé
dans nos voix
comme un nom
après le travail
délivré
de l'herbe
sauf peut-être dans l'âme
du grillon.
*
Le soir sur le chemin
je ne rejoins que mes pas
creusés comme un visage
mais je sais
que plus loin
je suis aimé par un ruisseau.
*
Être dans la robe du jour
comme s'il m'était donné
de porter un vêtement très fin
mais de chaque jour
sans le déchirer
pour elle.
*
Le poème est amoureux
bercé par les vents
près de toi
qui bouleverse mon écriture
pas à pas
heureux de n'être
qu'un étourneau.
*
Je retourne dans le bois
pour un écureuil
pour un mot
ici j'ai su garder ce qui était familier
du souffle et des bruits des limites
ce qui était difficile
parce qu'une ronce une seule
y tenait.
Autant que le merle.
*
J'ai fini le toit aujourd'hui
demain je commencerai la porte
en passant par les branches
je n'ai quitté mon visage
qu'un instant
à midi
pour le laver
pour lui trouver un peu de lumière
un peu d'herbe.
Thierry Metz Tel que c'est écrit. Éditions L'Arrière-Pays. 2012
19:48 | Lien permanent | Françoise
