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11.10.2017

Envoi n°321. Claude Cailleau "Il n'est pari la nuit..."

 

 

Il n’est pari la nuit que pour

tenir l’aube à distance d’être,

craignant pendant que l’heure tour-

ne d’avoir à se reconnaître

 

dans cet homme à sa table assis.

Or, si je meurs, à laisser n’ai-je,

pour tout legs, que mes vers transis,

gravés sur des aubes de neige ?

 

Sous la lampe veillante qui

délimite l’espace où vivre,

c’est dans la nuit, soudain jailli

du vide, un mot qui vous délivre.

 

Claude Cailleau «  Cocktail de vie (Anthologie personnelle) ». 

Préface de Jean-Marie Alfroy. Editinter anthologies. 2013.

 

19:16 | Lien permanent | Françoise

04.10.2017

Envoi n°320. Marine Gross "J'écris parce que je ne sais pas..."

 

 

J’écris parce que je ne sais pas parler

Je ne sais pas parler parce que là d’où je viens

Seul parle le vent qui se faufile et s’immisce

Porte sa plainte à travers les interstices

Les lames

Et les feuillets

Sa plainte est celle de la mourante

Entend l’amour hante

Entre autres choses

Et peut-être sur toi soufflera le vent

 

Marine Gross, revue FRICHES N°123,  1er trimestre 2017.

19:20 | Lien permanent | Françoise

20.09.2017

Envoi n°319. Fadwa Souleimane "Je vis dans deux époques..."

 

Je vis dans deux époques

Je leur adresse mes courriers

En deux langues

Je ne suis pas encore entrée dans leurs villes

Je n’ai pas bu le miel de la première le soufisme

Ni le vin de la deuxième la poésie

Leur musique ne m’a pas bouleversée

Au point d’unir luth et guitare

Pour que naisse le violon

Ses cordes connaissent le secret du retour

De tous vers l’arbre

Mon calame vogue sans fin

               *

Qui a choisi qui ?

Ai-je choisi le chemin ou m’a-t-il choisie ?

Je ne me souviens que de l’instant du rêve 

Après il n’y eut plus que du sang

*

   Ici  et là j’ai perdu mon visage

     Ici et là j’ai oublié ma voix

   Ici et là mon identité s’est égarée

     Ici et là mon nom est tombé

   Aucune différence entre cet ici et ce là

Là nous avons tout perdu

   Et ici nous ne  retrouverons rien

             *

Nous avons décidé de changer la langue et de pétrir 

ses lettres dans l’eau de l’éternité.

 

Fadwa Souleimane Poèmes inédits extraits de « Pour que je range ce qui reste de ces ruines ». 

Traduction de l’arabe (Syrie) Lionel Donnadieu,  in « Revue Décharge » N° 174, 

          Juin 2017, pages 92-93.

 

"Vous prendrez bien un poème ?" fait une pause : rendez-vous le mercredi 4 octobre !

16:21 | Lien permanent | Françoise