21.06.2017
Envoi n°306. Seigetsu "Jours d'errance. 109 haïkus"Printemps. Été.
Printemps
kagerô no ugokasu ishi no tori’i kana
Mirage des chaleurs
Le portique en pierres du temple
se met à onduler
Eté
sori ni norishi koto mo arishi o sasa-chimaki
Ce gâteau si blanc
me rappelle mon enfance…
Traîneau dans la neige
Eté
mizu kurete yû-kage matsu ya hotaru-kago
La cage aux lucioles
on l’asperge en attendant
que tombe la nuit
Eté
nugi-sute yo hito no kokoro no hebi no kinu
Ah jetez-la donc
cette peau de serpent qui
enserre vos cœurs !
« Jours d’errance. 109 haïkus » de Seigetsu. Edition bilingue. Traduction adaptation de Makoto Kemmoku, Patrick Blanche. Préface de Nobuhiro Miyashita. Traduction Julien Béal. Editions des Lisières. 2016.
22:52 | Lien permanent | Françoise
14.06.2017
Envoi n°305. Paul de Roux "Au jour le jour".
C’est à partir du sentiment de ne plus avoir de langue, de langage, de ne plus pouvoir écrire, que croît la faim d’écrire, la faim de se refaire une langue – et j’ai envie d’écrire, un foyer, une âme.
10/07
Les pâturages célestes
de grands moutons les paissent
blancs dans l’herbe bleue
et si silencieux que c’en est une leçon
- s’assemblent les tuiles rouges pour l’entendre
et dans la toile d’araignée vilaine de ma tête
je me dis :
c’est la désolation, oui
que nous ne puissions paître la vie avec quiétude
et paix enjouée de nuages sur la terre !
17/7
Et si la seule qualité littéraire, c’était la justesse ? Ce qui est juste, c’est aussi ce qui coïncide ; par là j’aperçois le lien qui unit l’écriture à la conscience.
14/11
1976
Cette année les martinets ne sont pas revenus. Je ne vois que les hirondelles. C’est comme si un palier supérieur du ciel avait été ôté.
19/8
Il y a sous les chênes-verts comme une pomme d’ombra anthracite qui satisfait l’œil altéré par la lumière.
21/8
Paul de Roux Au jour le jour Carnets (1974-1979). Editions Le temps qu’il fait. 1986.
18:32 | Lien permanent | Françoise
07.06.2017
Envoi n°304. Bruno Berchoud : extrait de "Le dit des rides."
Elle aurait pu se dire Désormais rien ne sert de courir à mon âge, pourquoi je me torture et veux jouer au lièvre, depuis lurette que les enfants –elle dit Leurs propres ailes – et le mari vingt ans déjà parti dans l’autre monde le temps s’est relâché.
Voulait prendre le bus, ou plutôt l’attraper. A dû maudire l’imbécile au regard trop étroit démarré carrément sous son nez.
Elle ainsi de nouveau dans sa hâte embrassa le trottoir, précipitée au sol de son mètre cinquante sa taille l’a sauvée rien de grave elle assure.
Mais le bleu sur la joue la couronne au genou marqué de macadam ?
On avance prudent Te faudrait une canne –
Phrase à peine achevée que tranchée net par la voix indignée Comme les vieux, ça va pas non ?
Bruno Berchoud in Revue DéchargeN°173 (Extrait de : « Le dit des rides », à paraitre chez Cheyne éditeur en 2018).
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