10.05.2017
Envoi n°300. Jacques Lèbre "Onze propositions pour un vertige"
IV.
Mais qui étions-nous dans ton regard ?
Encore des familiers ou bien des inconnus ?
L’aiguille de la balance s’affole
entre les deux plateaux, sans choisir.
Peut-être que le familier te devenait inconnu ?
Peut-être que l’inconnu te devenait familier ?
(…)
IX.
Quelque chose passe dans ton regard,
on ne sait quoi, un étonnement, une stupeur,
une sorte de reconnaissance panique.
Dans tes yeux, égarés tes yeux,
on ne sait quoi de volatil – qui s’enfuit,
ne se réfugie pas, non,
chez un être privé de tous ses souvenirs,
il n’y a plus de lieu pour un refuge.
Jacques Lèbre « Onze propositions pour un vertige ». Editions Le Phare du Cousseix. 2013.
23:06 | Lien permanent | Françoise
03.05.2017
Envoi n°299. Jacques Lèbre "Sur le terrain instable de ta mémoire..."
« Chaque oubli est un démembrement. »
Ronald D. Laing
I
Sur le terrain instable de ta mémoire,
suivais-tu des lignes de faille ?
Vérifiais-tu parfois la solidité
de tel ou tel souvenir
avant qu’il ne s’effondre sous tes pas ?
Tu marchais sur des gravats.
Les pas n’y font pas le même bruit.
Mais de cela, quelle image s’en approcherait ?
Poème.
Comme passe
l’ombre d’un nuage sur le sol.
Jacques Lèbre « Onze propositions pour un vertige ». Seconde édition. n°208. Editions le Phare du Cousseix. Octobre 2013.
http://www.lephareducousseix.com/
22:13 | Lien permanent | Françoise
26.04.2017
Envoi n°298. Maurice Chappaz "Comptine des poètes absents"
Comptine des poètes absents
Revenez, revenez du futur
mélancoliques frères,
revenez à la pluie quotidienne,
revenez vous abriter sous l’auvent,
allons prenez de l’embonpoint
comme les curés, les passe-crassanes,
ne bougez pas au soleil.
Laissez flâner la pluie
sur l’écorce.
Vous êtes toujours loin,
vous allez chez les morts,
vous parlez aussi à des bonshommes
qui ne sont pas encore nés.
Mais vous risquez de perdre en route
votre sac plein d’âmes.
Et de sécher au lieu de mûrir.
Envoyez-nous une carte
d’Assise ou d’Egypte.
Priez je vous le dis
toute la nuit.
Tuez les mots
pour faire naître les images
et puis sacrifiez les images
pour connaître le sens.
Et si votre espace intérieur
ne se remplit d’univers,
revenez, revenez, insensés…
à la petite maison
et aux bons poiriers.
Maurice Chappaz «A rire et à mourir. L’été très bleu ». Dessins de Gérard de Palézieux. Fata Morgana.2006.
22:05 | Lien permanent | Françoise
