23.08.2017
Envoi n°315. Joseph Rouffanche "Poème de l'eau douce".
POÈME DE L’EAU DOUCE
Dans mon pays, on n’allait pas jusqu’à la mer,
On ne comprenait que l’eau douce.
On avait un grand amour de l’eau douce
Et du petit pays qui va de l’hiver à l’hiver.
Dans mon pays, on contemplait les bêtes de l’eau douce,
On déchirait les bêtes de l’eau douce.
Mais la tête tenait au ciel.
Dans mon pays, l’été nourrissait un appel.
Le souvenir creusait son étang de cœur vert
Où nous nous amarrions pour supporter la terre.
Joseph Rouffanche « Élégies limousines (1958) »
in « Poètes d’Occitanie. La poésie d’expression
française et occitane ». Numéro conçu et préfacé
par Jean-Pierre Thuillat. Revue « Poésie 1 »,
n°79-80, Sept. Oct. 1980.
19:07 | Lien permanent | Françoise
16.08.2017
Envoi n°314. Joseph Rouffanche "Elle est morte..."
Elle est morte, la jeune fille
Qui tomba longtemps du ciel d’août.
On a laissé la porte ouverte
Sur le regret caniculaire.
Le malheur a les yeux à terre ;
Le malheur compte les cailloux.
Un deuil vertical de phosphore
Affaisse les torses d’albâtre.
La maison est un labyrinthe
Où sanglotent les rais, les ombres,
Où la vie, devenue boiteuse,
Redescend le chêne, le plâtre.
Joseph Rouffanche « Elégies limousines (1958) » in «Poètes d’Occitanie. La poésie d’expression française et occitane». Revue « Poésie 1 », n°79-80, Sept. Oct. 1980.
19:15 | Lien permanent | Françoise
09.08.2017
Envoi n°313. Michel Baglin : extrait de "Le chant des migrants".
(…)
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C’est encore un voyage et ce n’est pas le plus facile. Il les ramène à travers la langue, qu’ils essaient d’apprivoiser, jusqu’à soi-même, qu’ils ont souvent un peu oublié dans la traversée des mers et des épreuves.
Non, ce voyage n’est pas le plus facile, celui de l’apprentissage de l’autre à travers ses mots.
Qu’on se prénomme Ksiyamala, Linda ou José. Qu’on débarque d’un bidonville, d’un désert qui gagne ou d’un mariage forcé.
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Ils ont voulu crever l’horizon en forçant le destin.
Ils se sont inventé un destin malcommode qu’ils n’avaient pas toujours les mots pour maîtriser.
Un jour ils se sont posés, au moins provisoirement. Alors les images sont remontées.
« Les flammes du coucher de soleil d’Afrique brillent comme un feu rond magnifique », chante Kheira.
Et les mots émergent avec une naïveté parfois déchirante. « L’odeur de mon pays était dans l’herbe », confesse Sibel Kurt.
Ils ont finalement crevé le silence en forçant les barrages de la langue. Ils ont conquis les mots qui aident à marcher, à soutenir sa respiration et à trouver de petits passages dans le réel vers les autres. Les mots qui éclairent le regard. Des mots à habiter, comme des maisons.
Surtout loin de chez soi, ils les tiennent debout, ces mots. Eux qui murmurent avec Dahré : « Merci de m’avoir lue. »
(…)
Michel Baglin « Le chant des migrants »* in « Un présent qui s’absente ». Editions Bruno Doucey. 2013.
*Les textes qui suivent ont été inspirés par un travail effectué avec des personnes en apprentissage ou réapprentissage de la langue et avec le clap Midi-Pyrénées, travail qui a fait l’objet de la publication d’un recueil collectif, « Les mots de l’exil en mémoire » (Editions Privat, 2007).
12:11 | Lien permanent | Françoise
