29.06.2023
Envoi n°578 Pierre Maubé "Il fait un temps..."
Il fait un temps
de guerre lasse,
de sueur froide,
de corps perdu,
Un temps de gel et de fatigue,
un temps de remords et de peur,
Ta vie se traîne à pierre fendre,
tes souvenirs meurent de faim,
tes idéaux se désagrègent,
tes avenirs te désavouent,
Tes illusions
sont des fœtus
desséchés,
Ta peau
est à donner
aux chiens qui passent près de toi,
Tu ne sais plus
à quelle fièvre te vouer.
Tu ne sais pas
quelle espérance
renier trois fois.
***
La résonance
d’une guerre
d’il y a
si longtemps,
Le souffle
des bombes,
L’écho lointain
des fusillades
dans une ville ouverte,
Bruissent,
rôdent,
dans la cave obscure
de ta mémoire
d’avant-mémoire,
Les fibres de ta voix sont nouées de silence,
un silence très ancien,
tissé de cris
d’enfants.
***
Le ciel
aveugle tes yeux,
la nuit ouvre
le chemin
de tes renoncements,
Voix écorchée,
peau arrachée, ta mue
donne à boire
à la peur,
Inutilement tu pleures,
ton sang est une boue,
ta vie est un sommeil absent,
Lève-toi et meurs.
Pierre Maubé Lève-toi et meurs, revue Décharge 197. https://www.dechargelarevue.com
Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème, » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121 ; envois n°367 « ce cœur en nous qui cogne… » & n°368 « qu’elle soit aumône du temps… » et « ce lieu commun à la parole et au silence… », extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 « Kaddish pour Rose », extrait de Etrange (suivi de) Onze Kaddishim pour Rose. Cahiers du loup bleu ; Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n° 476 « Une journée très ordinaire » & « Ce n’est jamais le moment », deux inédits adressés par l’auteur. http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
14:35 | Lien permanent | Françoise
21.06.2023
Envoi n°577 : Pierre Maubé "Lève-toi et meurs".
Lève-toi et meurs
Instant nu,
vide de tout projet,
de tout souvenir,
Nu
de la nudité du souffle,
pur
de la pureté du silence,
Cette nuit, ce rivage
offert à la seule faim, au présent
infini de l’attente,
Attente élargissant tout l’être
à la mesure de ta faim.
***
(...)
***
Ce goût
de miel
dans ta bouche
est le reflet
d’une étoile
en attente
de naître,
Cette vie
d’une étoile
dans ta bouche
est le vertige calciné
d’un soleil
agonisant,
Gisant à l’ombre
d’une abeille morte.
***
(...)
Pierre Maubé, Lève-toi et meurs in revue Décharge 197. https://w.w.w.dechargelarevue.com
14:40 | Lien permanent | Françoise
14.06.2023
Envoi n°576. Catherine Baptiste "Tu es tombée..."
Tu es tombée
de ces chutes menant au tombeau
comme le soleil cache les ombres
et comme les lucioles quittent les yeux
tournent trois fois autour de la tête et puis s’en vont
par la commissure des lèvres
Tombée, vraiment ?
Tu es allée faire un tour
Du côté de la source ou des nuages
- bordant chacun tout l’air des vivants
ce mille-feuilles bruissant à ingérer, respirant –
Alors tu vas revenir
Entre source et nuages
juste une terre de poésie à traverser
et c’est miracle, tu sais marcher dessus :
geste simple du pied devant l’autre, qui sauve – ça mène
Nous y arriverons
*
(...)
*
Alors d’accord, je vais aller enfin faire un tour
au cimetière de la Pierre Levée
là où tu présides c’est sûr aux morts en cages du columbarium
La réalité y sera dure sans doute
une ombre cendreuse
avec des poussières radieuses et irradiantes pourtant
jusque dans les livres
Une traînée de poudre – je fermerai les yeux les poings serrés
Et toi, espiègle et séditieuse
en un clin d’œil
tu grimaceras à la vue de tant de mélancolie
Les morts t’applaudiront en chœur
Je serai défaite de joie
Je ne ferai que passer
*
Catherine BAPTISTE poèmes Claudine GOUX illustrations
Lettre à une poétesse disparue Hommage à Odile Caradec Avec la complicité de Robert Dadillon. éditinter poésie 2023, 12€ BP 156, Square Frédéric Chopin 91450 Soisy-sur-Seine
(Illustrations : page 11 & 1ère de couverture)
14:43 | Lien permanent | Françoise
