08.03.2023
Envoi n°563. Anne PERRIER "NOTRE SOEUR LA MORT"
NOTRE SŒUR LA MORT
Le jour se fend
Comme un noyau de pêche
Amande amère amande
Un oiseau passe
L’air tremble un peu plus fort
Ce n’est rien
Que le rire en pente
Des morts
(...)
Aucun n’est pur
Dit-elle doucement
Venez à moi
Dans vos cœurs de semaine
J’ai les mains pleines
De paix
Mes bien-aimés
Moi qui suis digne
Je vous fais dignes
Anne PERRIER Notre sœur la mort in La Voie nomade & autres poèmes, Œuvres complètes, préface de Gérard Bocholier, L’Escampette éditions Poésie, 2008.
- Anne Perrier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 209 « Mon frère entre la sauge et l’ombre » ; envoi n°210 « Voici ma place pour l’éternité » ; envoi n°249 « Les noms de l’arbre », extraits ; envoi n°250 « Le Livre d’Ophélie », extraits ; envoi n°287 « Pour un vitrail », extraits.
21:52 | Lien permanent | Françoise
01.02.2023
Envoi n°562. Jan Wagner "amish/amisch "
amish
la calèche noire que nous croyions voir
n’était que l’ombre d’un nuage, était posée comme
une nuée de corbeaux sur une charogne,
jusqu’au moment où nous dépassâmes la calèche noire.
les granges entre chien et loup, les ranchs,
aveuglés par le linge ; la plantation des betteraves,
la broderie, et tels de gigantesques œufs
d’insectes, les châteaux d’eau à l’horizon.
le magasin proposait des baquets, des lampes à propane,
des faux rassemblées comme pour une exposition.
amanda acheta une de ces poupées
sans visage lorsque deux taons se posèrent
promptement, une paire d’yeux sombres
qui louchaient, s’avancèrent, puis s’envolèrent.
amisch
was wir für eine schwarze kutsche hielten,
war nur der schatten einer wolke, saß
als schwarm von raben über einem aas,
bis wir die schwarze kutsche überholten.
die scheunen zwischen tag und nacht, die farmen,
von wäsche blind ; das rübenstecken,
das sticken, und wie riesige insekten-
eier die wassertürme in der ferne.
der laden führte bottiche, propan-
gaslampen, einen fahnensaal von sensen.
amanda kaufte eine dieser puppen
ohne gesicht, als prompt zwei pferdebremsen
sich niederließen, ein paar dunkle augen,
die schielten, krabbelten, dann weiterflogen.
Jan WAGNER Australie/Australien, ouest/westen édition bilingue, poèmes, traduits de l’allemand par Roland Crastes de Paulet et Axel Wiegandt. Editions Illador, 2022.
-
- extrait de l'avant-propos : "Jan Wagner donne à sa poésie une forme singulière et marquante, influencée aussi par l'expressionnisme allemand. Il peint des tableaux saisissants grâce à des outils langagiers provocants : absence de majuscules pour donner le même poids entre le substantif et le verbe, rimes "sales" qui jouent avant tout sur les assonances, ellipses, mots tronqués, ou encore formes peu usitées de poèmes comme le pantoum ou la sextine."
- extrait de l'avant-propos : « Ce livre est une odyssée où l’art et l’histoire se mêlent. »
- Jan WAGNER dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°561 « chant du soir, lac de côme » in « Australie/Australien, süden/sud».
22:46 | Lien permanent | Françoise
25.01.2023
Envoi n°561. Jan Wagner chant du soir, lac de côme
chant du soir, lac de côme
automne, quand les marronniers rendent les armes,
des étoiles du matin sont éparpillées
sur le sol autour. dans les branches, les sorbes
fanfaronnent avec
leur poison. maintenant elles se reposent, tous les
hameçons par le fond, barques dans les remises,
pendant que les feuilles partent en fumée,
les villas se reposent
de leur faste, alors qu’un ourlet de lampadaires
sépare la promenade du lac. le car-
ferry vide transporte un dernier chargement
de lumières sur l’eau.
abendlied, lago di como
herbst, wenn die kastanien die waffen strecken,
morgensterne ringsum verstreut am boden
liegen. in den zweigen die vogelbeeren
prahlen mit ihrem
gift, nun ruhen sie, all die angelhaken
auf dem grund, die holzboote in den schuppen,
während sich die blätter in rauch verwandeln,
ruhen die villen
aus von ihrem prunk, und ein saum laternen
trennt die promenade vom see. die leere
autofähre trägt eine letzte ladung
licht übers wasser.
Jan WAGNER Australie / Australien, sud / süden, édition bilingue, poèmes,
traduits de l’allemand par Roland Crastes de Paulet et Axel Wiegandt. Éditions Illador, 2022.
* extrait de l'avant-propos: "(...) Jan Wagner donne à sa poésie une forme singulière et marquante, influencée aussi par l'expressionnisme allemand. Il peint des tableaux saisissants grâce à des outils langagiers provocants : absence de majuscules pour donner le même poids entre le substantif et le verbe, rimes "sales" qui jouent avant tout sur les assonances, ellipses, mots tronqués, ou encore formes peu usitées de poèmes comme le pantoum ou la sextine.(...)"
22:58 | Lien permanent | Françoise
