05.10.2016
Envoi n°270. Françoise Ascal "Un désir d'aube".
Un désir d’aube
(…)
Avant de m’enfoncer dans la mort végétale, avant de me dissoudre dans l’ultime terreau, je
voudrais recueillir les étincelles de l’aube. Les boire. M’en emplir. Dilater mes poumons.
Connaître la joie spacieuse que j’appelle depuis des millénaires, la joie qui n’a pas de bord pas de
centre pas d’ombre,
La joie spacieuse
celle qui tremble peut-être,
et appelle à son tour
au tréfonds des trous des grottes des creux,
dans le bleu fusillé d’une plume de geai.
Françoise Ascal Un désir d’aube. Revue Décharge n°171(p.34). Septembre 2016.
(Françoise Ascal dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°269. » Un désir d’aube ». Revue Décharge n°171, p.31. Septembre 2016)
20:14 | Lien permanent | Françoise
28.09.2016
Envoi n°269. Françoise Ascal "Le désir d'aube".
Un désir d’aube
J’ai toujours aimé les creux, les grottes, les poches d’ombre, le caché ordinaire, celui qui trace des galeries sous l’écorce ou tient l’abeille en son alvéole, celui des terriers de lièvre ou de loutre, celui des amoureux enlacés les soirs d’été dans les trous d’obus que l’herbe a recouverts, celui des puits où remonte l’eau du jour dans un grincement de vieille poulie, celui de l’âtre ruisselant d’une suie grasse et noire. J’ai toujours su que c’était là ma place, que j’étais vouée à ne jamais quitter les territoires de l’obscur.
J’ai toujours aimé.
Ou peut-être il m’a fallu aimer.
Ou peut-être je n’ai pas eu la force de.
Ou peut-être l’orgueil de n’être rien a-t-il fait pousser de grandes racines dans la noirceur native, dans l’humus compatissant. Manière de solidarité avec ce « d’où je viens » et ses figures dévastées par l’Histoire.
(…)
Françoise Ascal inédit. Revue « Décharge ». N°171. Septembre 2016.
22:51 | Lien permanent | Françoise
21.09.2016
Envoi n°268. Jean-Louis Clarac " Nous accédons au bout du monde..."
Nous accédons au bout du monde
aux confins
sommes des errants sans territoire propre
inventons des voies incertaines
jouons avec les traces vicinales
tressons le réseau fraternel
des traverses ludiques
L’âme des bergers
quel gardien pour quel troupeau
déchirée pend aux baleines rouillées
du parapluie mité
crevé gisant
dans l’abri chaulé de bleus virginaux
écaillés
que l’oratoire décrépit est maintenant
devenu
Les promeneurs
en font le tour
franchissant le seuil
entrent dans sa pénombre
Y perdent-ils leur âme
Y gagnent-ils de l’être
Jean-Louis Clarac L’oratoire in Vers les confins. Encres de Claude Barrère. Editions Encre et Lumière. 2012.
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