http://www.xiti.com/ ID de suivi

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16.11.2016

Envoi n°276. Henri Michaux "Si on connaissait la sensation de base des autres..."

       

Si on connaissait la sensation de base des autres, on serait toujours à l’aise avec eux. Ils se tiennent en effet de préférence dans certaines parties de leur être, n’occupant pas également la totalité de leur corps, mais seulement quelques places et positions privilégiées. 

Cependant, même à eux, il leur manque de savoir, quoiqu’ils l’utilisent – aveuglément -, où est  leur centre, cette approximative base changeante, qui a ses habitudes, ses cycles, ses irrégularités, qui la rend quasi personnelle. Là où ils se retirent. Là d’où ils repartent pour irradier, centre mouvant peu sensiblement ou tout à fait insensiblement déplacé par des appels en relation avec des concentrations incessamment variant en silence dans un monde d’infimes se renforçant ou se freinant les uns les autres. Cette zone vague, mais forte, demeure assez particulière à chacun pour qu’un autre ne puisse la connaître, ni même la deviner, encore moins la ressentir. Propriété personnelle. 

Ah ! si on pouvait la trouver ! Les énigmatiques personnes d’en face, ce serait alors tout autre chose. Leur donner un conseil deviendrait valable. Ça le deviendra-t-il un jour ? Fini alors de jeter des bouteilles à la mer.

(p.32)

 Henri Michaux Poteaux d’angle nrf  Gallimard.1989.

 

(Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°37 : extraits de « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 : « En respirant » in « La Nuit remue » ; envoi n°275 « Ecce Homo »)

 

22:30 | Lien permanent | Françoise

09.11.2016

Envoi n°275. Henri Michaux "Ecce Homo".

                              ECCE HOMO

 

     Qu’as-tu fait de ta vie, pitance de roi ?

     J’ai vu l’homme.

     Je n’ai pas vu l’homme comme la mouette, vague au ventre, qui file rapide sur la mer indéfinie.

     J’ai vu l’homme à la torche faible, ployé et qui cherchait. Il avait le sérieux de la puce qui saute, mais son saut était rare et réglementé.

     Sa cathédrale avait la flèche molle. Il était préoccupé.

     Je n’ai pas entendu l’homme, les yeux humides de piété, dire au serpent qui le pique mortellement : « Puisses-tu  renaître homme et lire les Védas ! » Mais j’ai entendu l’homme comme un char lourd sur sa lancée écrasant mourants et morts, et il ne se retournait pas.

     Son nez était relevé comme la proue des embarcations Vikings, mais il ne regardait pas le ciel, demeure des dieux ; il regardait le ciel suspect, d’où pouvaient sortir à tout instant des machines implacables, porteuses de bombes puissantes.

     Il avait plus de cernes que d’yeux, plus de barbe que de peau, plus de boue que de capote, mais son casque était toujours dur.

     Sa guerre était grande, avait des avants et des arrières, des avants et des après. Vite partait l’homme, vite partait l’obus. L’obus n’a pas de chez soi. Il est pressé, quand même.

     Je n’ai pas vu paisible, l’homme au fabuleux trésor de chaque soir pouvoir s’endormir dans le sein de sa fatigue amie.

     Je l’ai vu agité et sourcilleux. Sa façade de rires et de nerfs était grande, mais elle mentait. Son ornière était tortueuse. Ses soucis étaient ses vrais enfants.

    Depuis longtemps le soleil ne tournait plus autour de la Terre. Tout le contraire.

    Puis il lui avait encore fallu descendre du singe.

     (…)

                    Henri Michaux EPREUVES, EXORCISMES 1940-1944 (1945) in L’ESPACE DU DEDANS, pages choisies. nrf. Gallimard.1973.

(Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°37, extraits de « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 : « En respirant » in « La Nuit remue »)

 

20:06 | Lien permanent | Françoise

02.11.2016

Envoi n°274. Jean-Baptiste Pedini "La lumière coule à pic..."

 (…)

La lumière coule à pic. On la sent glisser dans nos gorges. On frissonne, on a froid et pourtant tout est si limpide. Le noir s’étale par à-coups. Sans contours. Sans relief. C’est probablement mieux.

 

(…)

Parfois du noir contamine les nuages. Ce n’est pas vraiment la nuit et pourtant on en doute. A la va-vite, on enfile une chemise, un foulard et une paire de gants. Un blouson maculé d’orages. Sans lumière on se sent nu.

 

 

(…)

Jean-Baptiste Pedini Le ciel déposé là (p.42-43). Editions L’Arrière-Pays.  2016

 

(Jean-Baptiste Pedini dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°271 « Le ciel déposé là » p.7&16)

 

22:36 | Lien permanent | Françoise