15.02.2017
Envoi n°288. Anne Perrier "Ne me faites pareille..."
Ne me faites pareille
A la rose la passerose
Royale des jardins
Car je n’ose
Porter dans mes rêves les abeilles
Mais l’herbe du chemin
Que nul n’a regardée
Un pied l’a couchée dans le soir
Et les étoiles boivent
Son parfum d’écrasée
Anne Perrier « Le petit pré » (1958-1960) in «La Voie nomade »
II
Si j’étais fleur
La nuit je conduirais à la danse
La prairie
Le jour éclate comme une grenade
Et je vais boire
A son cœur étoilé
Au bord de l’herbe heureuse
Je me suspends je tremble
Avec les papillons
(…)
La fleur s’en est allée en allée où
Là-haut dans l’or des galaxies une étoile
Hésite
Anne Perrier « Feu les oiseaux » (1972-1975) in «La Voie nomade & autres poèmes. Œuvre complète 1952-2007 ». Préface de Gérard Bocholier. L’Escampette Editions Poésie. 2008.
Anne Perrier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 209 « Mon frère entre la sauge et l’ombre » ; envoi n°210 « Voici ma place pour l’éternité » ; envoi n°249 « Les noms de l’arbre », extraits ; envoi n°250 « Le Livre d’Ophélie », extraits ; envoi n°287 « Pour un vitrail », extraits.
23:14 | Lien permanent | Françoise
08.02.2017
Envoi n°287. Anne Perrier " Et la vie c'est cela..."
Et la vie c’est cela
Une ombre qui s’allonge sur le seuil
Une cour abritée de hauts tilleuls
Le miel en fleur et les abeilles mortes
Une main qui frappe à la porte
Et les visages changent de couleurs
Rien n’a bougé que le ciel sans racines
Et la saison penchée au bord de la ravine
Les regards sont plus fixes et les gestes raidis
Est-ce l’aube ou midi L’attente est si pareille
A l’attente et tout ce qu’on connaît
Tout ce qu’on tient n’est que le rêve tourmentant
D’une réalité profonde et dérobée
Toutes les choses de la terre
Il faudrait les aimer passagères
Et les porter au bout des doigts
Et les chanter à basse voix
Les garder les offrir
Tour à tour n’y tenir
Davantage qu’un jour les rendre
Comme son billet de voyage
Et consentir à perdre leur visage
Anne Perrier « Pour un vitrail » page 27, in « La voie nomade & autres poèmes. Œuvre complète 1952-2007 ». Préface de Gérard Bocholier. L’Escampette Editions Poésie. 2008.
Anne Perrier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 209 « Mon frère entre la sauge et l’ombre » ; envoi n°210 « Voici ma place pour l’éternité » ; envoi n° 249 « Les noms de l’arbre » ; envoi n°250 « Le Livre d’Ophélie ».
17:08 | Lien permanent | Françoise
01.02.2017
Envoi n°286. "Haïku", transcrits et présentés par Philippe Jaccottet.
La cloche du temple s’est tue.
Dans le soir, le parfum des fleurs
En prolonge le tintement.
Bashô (Printemps)
La première luciole !
En allée, envolée,
Le vent m’est resté dans la main.
Issa (Eté)
Sur la feuille de lotus
La rosée de ce monde
Se déforme.
Issa (Automne)
Le soleil
Dans l’œil du faucon
Revenu sur mon poing.
Tairo (Hiver)
« (…) Voici deux choses de notre monde, souvent choisies parmi les plus communes ; elles deviennent deux jambages de porte réunis par un linteau invisible, entre lesquels il n’y a plus que pure ouverture : ni clef, ni péage, ni contrôle. A qui ne possède presque rien que sa mémoire, son regard, ses pieds, son cœur, impossible de barrer le passage. (…)Le contraire même de « N’importe où hors du monde ». On est dans ce monde-ci : mais ce monde-ci est une maison ouverte, dont un souffle à peine perceptible fait légèrement battre les portes, flotter les rideaux de bambous. On ne prétend à rien, on n’explique rien non plus. La conscience de n’être jamais qu’un voyageur vous lave les yeux. Il fallait cette conscience pour qu’apparussent enfin les liens presque invisibles jusque là qui unissent les choses et nous unissent à elles, sans que personne ne devienne pour autant prisonnier de rien. (…) »
Haïku, présentés et transcrits par Philippe Jaccottet (de la version anglaise de R.H.Blyth), dessins d’Anne-Marie Jaccottet. Editions Fata Morgana. Collection Les Immémoriaux. 1996
* Présence de la poésie japonaise dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°3 : « Haïku », préface d’Yves Bonnefoy ; envoi n°107 : Bashô « La Sente Étroite du Bout-du-Monde in Journaux de voyage » ; envoi n°143 : Saigyo « Poèmes de ma hutte de montagne » ; envoi n°174 « Haïku », présentés et transcrits par Philippe Jaccottet.
* Présence de la poésie chinoise : envois n°46 & n°194« Poèmes Chan » (l’école chinoise « chan » est l’ancêtre de l’école japonaise « zen »), présentés et traduits par Jacques Pimpaneau ; envoi n°97 « Tsoui-hao in Poésies de l'époque des T’ang. » ; envois n°233 & 234 : Wang Wei « Quatrains des T’ang ».
* http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
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