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15.09.2016

Feuille volante n°2. 15 septembre 2016. Le choix des lecteurs.Poème offert par J.F.M.

Le passant

 

Il entre. Il n’avait pas sonné.

       ― C’est contre sa nature.

 

Pourtant la porte était fermée.

       ― Il traverse les murs.

 

Il chante sans ouvrir les lèvres.

       ― Son cri serait trop dur.

 

Pourtant, il voit qu’il est aimé.

       ― Il n’en est pas très sûr.

 

Il part. Il souffle la bougie.

      ― C’est afin qu’on l’oublie.

 

Mais il caressait l’écriture

Que sa main nous avait laissée !

      ― C’était pour l’effacer.

 

NORGE, Les coq-à-l’âne, Gallimard 1985

 

 

 

09:42 | Lien permanent | Françoise

14.09.2016

Envoi n°267. Jean-Louis Clarac " En étrange pays..."

 

 

En étrange pays

familier

nous voici dans la brume

dans l’effacement

 

Quand l’olivier cède la terre

au châtaignier au chêne

avant les pierres amoncelées

qui murent l’aire humaine

tout contre les glacis sauvages

 

La langue se joue des frontières

quand tout est déserté

du hameau et des champs

 

Restent quelques lieux habitables

le parage des mots

les regards échangés

les gestes partagés

 

Jean-Louis Clarac Vers les confins. Encres de Claude Barrère.

Editions Encre et Lumière. 2012.

 

15:51 | Lien permanent | Françoise

07.09.2016

Envoi n°266. Marcelle Kasprowicz "L'herbe verte d'Hiroshima".

L'herbe verte d'Hiroshima.

("Il semble que très tôt après l'explosion une herbe verte commença  à pousser partout sur la ville.")

 

Attendez

 

Les cendres

n'ont pas encore cessé de pleuvoir

et si vous glissez votre main

sous leur cape étouffante

vous pouvez encore sentir leur chaleur

Attendez

 

Et les fleurs de kimono

tatouées dans la chair

par le soleil qui s'écrase

n'ont pas encore ouvert leurs bouches béantes

Attendez

 

Attendez

 

Comment avoir l'audace

de pousser

si dense

si verte

d'envahir la ville qui meurt

alors que les cheveux noir-minuit de ses habitants

tombent par poignées

 

Oh attendez

attendez que les premiers crocus

qui fleurissent et saignent

sous la peau

commencent à se faner

Attendez

                                        Marcelle Kasprowicz

 

 

 

          Green Grasses of Hiroshima

 

 Wait

 

The ashes

haven't stopped raining

and if you slip your hand

under their stifling coat

you can feel their warmth

still

Wait

 

And the kimono flowers

tattooed in flesh

by the falling sun

haven't opened their gaping mouths

yet

Wait

 

Wait

 

How dare you

grow

so thick

so green

invade the dying city

when her people's midnight hair

by the handful

falls

 

Oh, wait

wait until the first crocuses

which bloom and bleed

under the skin

start to fade

Wait

                                     Marcelle Kasprowicz

 

 

 

16:48 | Lien permanent | Françoise