16.03.2016
Envoi n°245. Marcelle Kasprowicz " Les prisonniers des oiseaux..."
Les prisonniers des oiseaux
ont tout un ciel pour cage
Ils dorment dans des nids de plume
Les colliers chauds du rêve
leur glissent entre les doigts
Ils ont des soupçons d’ailes
Sur un métier d’épines
ils se tissent en sifflant
des jours de fleur et de fraise
Ils ont les mains ensanglantées
Leurs geôliers ont les mains douces et usées
Il faudrait vouloir s’évader
*
Prisoners of the birds
they have a whole sky for cage
They sleep in feather nests
Warm necklaces of dreams
stream between their fingers
They have a touch of wings
On a loom of thorns
they whistle while they weave
days of flowers and strawberries
Their hands are blooded
Their jailer’s hands are soft and worn
One should want to get away
Marcelle Kasprowicz “Le Silence de la lumière”. Traduction de l’auteur.
De Lodis Publishing, printed by OneTouchPointPrinting, Austin, Texas, copyright 2015.
20:17 | Lien permanent | Françoise
09.03.2016
Envoi n°244. Anne Certain "Un brin d'herbe..."
Un brin d’herbe
lance minuscule
A la pointe de son fer
une boule de rosée
une lanterne
lampyre en plein jour
S’en confuser
s’y incorporer
*
Être cette fleur de ronce
au cou de l’automne roux
et qui s’acharne
à l’éclat de sa blancheur
Jamais elle ne sera mûre
sang
Elle y consent
*
Être l’eau
toute à a sa course
affairée d’elle seule
ignorante
de sa mélodie
la lavant
la relavant
comme le galet
qu’elle fusèle
et qui est en elle
enté par son chant
Anne Certain Extraits de « Brumes d’aube »
in CRV31 Les Cahiers de la rue Ventura 9, rue Lino Ventura 72300 Sablé-sur-Sarthe.
Brumes d’aube Anne Certain Éditions de Groutel Collection Choisi
http://www.donner-a-voir.net/auteurs/auteur_certain.html
19:21 | Lien permanent | Françoise
02.03.2016
Envoi n°243. Anne Certain "Je suis ce chemin ourlé de boue..."
Je suis ce chemin ourlé de boue, herbu sur son dos, qui va, qui passe et s’efface entre les arbres. Ma place est là au pied de ce chêne porte-nids, porte-ruches et qui hisse du fond du tréfonds de ses racines, à contre-courant, les flots cireux, puis le flux contrarié, puis la résille fine de sa sève jusqu’à la dernière feuille de sa cime, ultime estuaire à l’envers par où s’engouffre la lumière.
Il y a en contrebas de moi, juste à l’aplomb de ma hanche, un précipice au fond duquel des sirènes fredonnent un chant d’abîme. Je m’agrippe à rien pour ne pas céder à mon corps perdu et, derrière mes paupières serrées, je vois se dilater et s’étrécir de grandes fleurs mauves. Dans un tiers de seconde, je pourrais ne plus sentir battre leur palpitation cardiaque, à ces anémones sous-marines, si je cède à mon pied qui me manque. Comme on tâte un rebord effondré, je mesure à quel point je ne puis plus vivre avec ce moi-même penché au-dessus du vide entêtant, ployé, aimanté par la découpe éblouie d’un bord dentelé de feuille sur un ciel sans appui.
J’entends ronfler dans l’air qui vibre le vrombissement lointain d’un gros porteur invisible, bourdonnement festonnant mes étés outremer avec juste ce si long trait de rasoir incandescent.
Même éraflure déchirante, l’enrouement de notes pures, le cristal pilé d’un chant de tourterelles au faîte du silence. Et la toujours dernière mesure suspendue.
Anne Certain. Extrait de « La Gravité des nuages » in CRV 28. Les Cahiers de la rue Ventura, 9, rue Lino Ventura.72300 Sablé-sur-Sarthe.
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