11.11.2015
Envoi n°227. Liliane Wouters "Testament"
TESTAMENT
Pour Alain Bosquet
A l’enfant que je n’ai pas eu
mais que d’un homme je reçus
septante fois sept fois et davantage, à l’enfant sage
dont je formai le souffle et le visage
sept fois septante fois, dans un ventre pareil
au mien, par des nuits rouges de soleil,
par des jours cristallins d’aurore boréale,
à l’enfant dont je porte en moi les initiales
secrètes, ainsi que ton nom, Yahvé,
enfant conçu, toujours inachevé,
qu’on me fait, que je fais, à chaque fois que j’aime,
qui se défait en moi pour donner un poème,
à l’enfant qui ne viendra pas
clore mes yeux, choisir l’ultime drap,
marcher derrière mon poids d’os, de cendres,
me regarder dans la fosse descendre,
à cet enfant je lègue devant Dieu, devant
les hommes et mon chien, devant le jour vivant
(qui n’est que parce que je suis et qui mourra
comme je meurs) je lègue, pour autant que se pourra,
pour autant qu’il en fasse usage en lieu et place
de moi, ses père et mère en un seul être pris,
je lègue tous mes biens de chair, d’esprit,
de temps toujours compté et d’illusoire espace :
le coin de ciel que j’ai scruté en vain,
l’arpent de terre où j’usai mes semelles,
les quatre murs entre quoi je me tins,
les six cloisons qui me seront jumelles ;
l’argent qui m’est entre les doigts filé
-- pour le plaisir que j’eus à le répandre –
le faux savoir qu’on me crut refiler
-- pour le bonheur d’aussitôt désapprendre -- ;
Les jours passés que je n’ai pas vécus,
les jours vécus près desquels suis passée,
le temps mortel à quoi j’ai survécu,
l’heure éternelle et pourtant effacée ;
l’amour jeté dont j’ignorais le prix,
l’amour donné à qui ne sut le rendre,
l’amour offert qu’aussitôt je repris,
l’amour perdu qu’on voit dehors attendre.
(…)
Liliane Wouters Tous les chemins conduisent à la mer. Editions Les Eperonniers in Anthologie de la poésie française du XX° siècle. nrf Poésie / Gallimard. 2011
22:42 | Lien permanent | Françoise
04.11.2015
Envoi n°226. Isabelle Raviolo "
Je n’ai pas prié le ciel
pour une robe couleur soleil –
Mais j’ai écrit
Au clair de lune
Mon ami,
Puisses-tu me prêter
L’aiguille pour coudre
une robe couleur du temps
avec des fleurs et des rubans –
Quelque chose dans le vent
S’est envolé pourtant
Avec les plumes
Et les volants –
Et je me suis retrouvée
Nue –
Comme un âne
Isabelle Raviolo Thauma, revue de philosophie et de poésie, Couleurs, Lumière, numéro 11, 2013. La Compagnie des Argonautes.28, rue Beaubourg, 75003 Paris.
22:43 | Lien permanent | Françoise
28.10.2015
Envoi n°225. Isabelle Raviolo ""Les arbres nous saluent..."
D’un oiseau qui se tient caché dans les branches
On aimerait apprendre le délicieux ramage
Comme des loups en chœur les appels déchirants.
Louis-René des Forêts.
Les arbres nous saluent, l’air se recompose
Comme une partition, l’espace
Montre un chemin pierreux
Où la chèvre conduit un enfant fabuleux –
Quel vivre, quel mourir ne vaudrait d’y renaître ?
Je me disais ces mots pour en croire tes lèvres –
Sur ma robe où la nuit ne voulait pas finir
Une fragrance nouvelle annonçait la venue
D’une autre aurore.
Bruissante est la forêt du frisson des arbres
silencieuse au cœur des hommes quand elle parle
un parfum d’enfance s’exhale de ses lèvres.
Isabelle Raviolo, revue FRICHES n°119.
http://terresdefemmes.blogs.com/anthologie_potique/isabelle-raviolo.html
19:43 | Lien permanent | Françoise
