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12.03.2015

Envoi n°197. Henri Heurtebise "Alcôve Blanche"

ALCÔVE BLANCHE

 

Alcôve blanche

où paraît la lumière

de la naissance heureuse

dont rien n'est encore dit

où nous viendrons riant

temps vécu

mains solides

 

D'où venez-vous ainsi ?

diront les masques

De poésie là-bas

où les chemins se mêlent

à l'assemblée de vivre.

 

Henri Heurtebise Chant profond Éditions Rougerie. 2005

 

 

LES FESTINS S’ÉTERNISAIENT DANS LE SOIR

 

L'automne est peuplée. L'automne est vide. Il est vain de faire le bruit qu'on avait commencé au printemps, poursuivi et fini dans la sueur.

Les femmes étaient venues, munies de leur robe nue, et si nous n'avions pas été trop communs nous les avions tenues ruisselantes et si silencieusement consentantes que les festins s'étaient éternisés dans le soir, à croire que nous étions leur roi !

Mais la solitude est venue peu à peu du bois, peu à peu du temps. Nous avons attendu et maintenant nous aimons leur absence comme un dernier cadeau.

O fugitifs des allées que nous sommes !

O légers dans le temps ! Et cette clarté jaune-grise qui nous prend le cœur en longeant le maïs. La bicyclette de qui est là, bicyclette de femme mûre, de femme rendue.

Rien ne sauve ni le songe ! Et la lumière est là comme une faiblesse acceptée.

 

Henri Heurtebise D'automnes in Les Cahiers de la rue Ventura N°12.

Dossier Henri Heurtebise

Henri Heurtebise dans «Vous prendrez bien un petit poème ? » : envois

n°21, n°22. 

 

00:12 | Lien permanent | Françoise

04.03.2015

Envoi n°196. Gaston Puel "Cheyenne Autumn" traduit par Jean-Marie Petit

CHEYENNE AUTUMN

 

Il neige. La tribu avance lentement.

Les Cheyennes, à ce point de rupture,

Famine, déréliction, défaite,

Seul un héros surgissant en sauveur

Les conduirait en Terre Promise.

Mais rien, la cavalerie sur leurs traces,

Point de héros, l'Histoire éructe.

A Washington D.C. on dira plus tard :

 

La triste fin des Cheyennes

N'est qu'un piteux détail.

 

 

Nous aussi, Occitans,

Cheyennes du comté de Toulouse,

Avons été vaincus, colonisés,

Langue immolée.

 

Mais à son tour menacé,

Insidieusement miné

Dans le vent des échanges,

Le vainqueur d'hier

Donnera sa langue

Au plus offrant.

 

Gaston Puel

CANSOS, PLANHS E SIRVENTES. Choix de poèmes en langue française et traduction en langue occitane par Jean-Marie Petit. Éditions Centre Joë Bousquet et son temps / Vent Terral. 2014(in Cheyenne Autumn.ÉditionsVoix d'encre. 2003).

CHEYENNE AUTUMN

 

Nèva. La chorma avança d'a passet.

Los Cheiènas, ne son acqui.

La fam, lo desesper, la desfacha,

Sol un capitani que vendrià en sauvaire

Los menarià en Terrà promesa.

Mai res, la cavalarià sus sas piadas

Pas de capitani, l'istoria rota

A Washington D.C. diran mai tard :

 

La fin tristassa dels Cheiènas

Es pas qu'un detalh pietados.

 

 

Nosautres tanben, Occitans,

Cheiènas del comtat de Tolosa,

Siam estadis vencuts, colonizats,

Lenga aborida.

 

Pasmens tre ara amenaçat,

Falsièirament rosigat,

Dins lo vent dels escambis,

Lo venceire d'aièr

Balharà sa lenga

A l'encant.

 

Gaston Puel

CANSOS, PLANHS E SIRVENTES. Choix de poèmes en langue française et traduction en langue occitane par Jean-Marie Petit. Éditions Centre Joë Bousquet et son temps / Vent Terral. 2014(in Cheyenne Autumn.ÉditionsVoix d'encre. 2003).

 

17:27 | Lien permanent | Françoise

25.02.2015

Envoi n°195. Pierre Dhainaut "Nous étions seuls, de trop, ..."

À Mathieu Hilfiger

 

Nous étions seuls, de trop, dans nos miroirs : le visage,

nous l'offrons à l'inconnu qui nous précède

par vagues infaillibles, la nuit a libéré l'espace

où se multiplient les oiseaux, tous portent

des noms de vents. Tenir parole, ce que cela veut dire,

nous le devinerons en évitant de les effaroucher,

en permettant aux pas sur le sable intact

de ne pas savoir quel horizon les recevra,

quelle mémoire en gardera la trace, comme nous y invite

la voix donnée par l'aube, juste le temps

que nous n'ayons plus peur, que s'avance en la nôtre

une autre haleine.

 

Pierre Dhainaut La nuit du plus offrant in Pierre Dhainaut & Mathieu Hilfiger De jour comme de nuit. Un entretien précédé de deux poèmes. Éditions Le Bateau Fantôme. 2014.

 

* Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un petit poème ? » : envoi n°18 Un chemin d'arbres, envoi n°19 Le Bienvenu in Plus loin dans l'inachevé. Éditions Arfuyen. 2010 ; envoi n°61 Avec «Joie» nous dirions «Ressac», envoi n°62 A ce qui nous devance, dit le poème... in Vocation de l'esquisse. Encres d'Isabelle Raviolo. Éditions La Dame d'Onze heures. 2011 ; envoi n°193 A l'enfant des poèmes in Thauma Couleurs, Lumière Revue de philosophie et de poésie numéro 11. La Compagnie des Argonautes ; Courrier des lecteurs numéros 10, 33, 34 : citations en exergue & clôture de Pluriel d'Alliance. Éditions L'Arrière-Pays. 2005.

 

 

 

15:31 | Lien permanent | Françoise