19.08.2015
Envoi n°215. Frédéric Jacques Temple "Larzac".
Larzac
En mémoire de Paul Vigroux, peintre
Enfant, berger de mes troupeaux de rêves,
j’allais foulant la folle avoine
sur les ardents plateaux déserts
où règne la senteur enivrante des buis
entre les épineux soleils des cardabelles
dans le thrène du vent parmi les herbes rases
vigiles des reliques sans âge
au secret dans l’ombre ignorée
des dalles tumulaires.
J’allais à travers les cheveux d’ange
escorté de chardonnerets
éperdu
indifférent aux lendemains.
Frédéric Jacques Temple, extrait de Phares, balises et feux brefs, suivi de Périples, éditions Bruno Doucey, 2012
in Françoise Siri Le Panorama des Poètes, Enquête sur la poésie francophone du XXIe siècle. Lemieux éditeur, 2015.
22:51 | Lien permanent | Françoise
12.08.2015
Envoi n°214. Jean Malrieu "La route"
La route
Cette route prend une courbe
Qui m’atteint au cœur.
Elle a longé le petit bois
Empli de choses que j’ignore,
Demeure des vents, séjour de mes regards
Que j’ai jetés là,
Mais aucun ne m’est revenu.
Elle a sa pente naturelle et fuit.
C’est par là que sont venus
Les hôtes imprévus,
Où leur départ fut salué,
Magnifiquement vide et touchante
Comme l’offrande renouvelée
Que me fait la vie.
Jean Malrieu Le Château cathare in Libre comme une maison en flammes. Œuvre poétique 1935-1976. Edition établie et présentée par Pierre Dhainaut. Collection Amor Fati. Le Cherche Midi, 2004.
18:09 | Lien permanent | Françoise
05.08.2015
Envoi n°213. Jean Malrieu "Les maisons de feuillages" 31.
31
Ici, c’est un recoin de la grâce où la beauté m’est une épée. Elle a des prête-noms : rosier, amour, rigueur. Derrière le rosier est mon amie. Elle habite ce village, ne ferme jamais sa porte. Comment ? Est-ce ainsi que vous vivez avec votre âme ? Oui. Nous sommes chez nous. Tout est donné : terre et vie avec démesure. Le bonheur y entretient d’étroits rapports avec l’humilité. Une journée ensoleillée est un trésor de pauvre. Je suis ce pauvre. La porte de service chez mon amie s’ouvre sur l’éblouissement. Là, l’espace, au bout d’une longe, piaffe dans le grand arbre. Je tiens les rênes du ciel. La route mène au prodige.
Jean Malrieu Les Maisons de feuillages in Libre comme une maison en flammes. Œuvre poétique 1935-1976. Edition établie et présentée par Pierre Dhainaut. Collection Amor Fati. Le Cherche Midi, 2004.
19:36 | Lien permanent | Françoise
