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18.02.2015

Envoi n°194. Poèmes Chan (Nouvel An)

                        Pour réclamer un chat

Chez vous est né un chat à la tête de tigre,

Vous me l'avez promis, ne changez pas d'idée.

Ma demeure est trop froide pour les souris voleuses,

Je ne veux que le voir grimper en haut des arbres.

                                                              Xutang Zhiyu (1185-1269)

                La demeure dans les nuages

Soit légers, soit épais, ils répandent la pluie,

Ils s'étendent ou s'enroulent, marchant avec le vent.

Les malheureux, leur route ne connaît pas de halte,

Je leur ouvre ma porte tout au long de la nuit.

                                                         Gaofeng Miaoyuan (1238-1295)

                Le vieux prunus

Cet arbre moussu est trop vieux pour le printemps,

Qui croirait qu'il dégage un parfum de prunus ?

La neige ne tombe plus, la forêt est sans lune,

Ma lampe est son du cor qui annonce le soir.

                                                     Xutang Zhiyu (1185-1269)

               La grenade

Il existe une langue* qui pousse près des rocs,

Pour fleurir et mûrir, elle n'a besoin d’apprêts.

Le ventre plein d'écrits aussi beaux qu'ignorés,

Attendez qu'ils soient rouges pour que s'ouvre la bouche.

                                               Guyuandao (dates inconnues)

* Langue : allusion à la devinette que tous les enfants chinois connaissent : qui est cette demoiselle en rouge qui vit enfermée dans une muraille de pierres blanches ? Réponse : la langue. (NOTES)

 

                              « POÈMES CHAN », Traduction & préface de Jacques Pimpaneau.* Éditions Philippe Picquier, 2005. 

  • Les poèmes traduits ici ont été écrits par des bonzes ou moines bouddhistes, qui vécurent entre le VI° et le XVIII° siècle et qui appartenaient à l'école chan (zen en japonais).(...)Le chan est une voie bouddhique parmi d'autres. Il vise l'illumination soudaine ou progressive ; les deux écoles existent. A la différence des autres écoles, il ne passe pas par le raisonnement ou la dévotion, mais par la méditation. Celle-ci permet de rester conscient sans être conscient de quelque chose.(...)

  • Elle ( cette petite anthologie) veut simplement faire connaître une poésie qui est seule capable de manifester un certain regard sur le monde, une certaine tentation pour l'esprit.(...)

*Les poèmes CHAN dans "Vous prendrez bien un petit poème ?" : Envoi n°46 (choix différent, même anthologie, même éditeur, même traducteur)

 

 

19:55 | Lien permanent | Françoise

11.02.2015

Envoi n°193. Pierre Dhainaut "A l'enfant des poèmes."

                         A L'ENFANT DES POÈMES

 

« Reviens «, s'est-il surpris à dire à mi-voix

 

vers le soir à la façon d'un enfant qui appelle à l'aide,

 

mais la prière des enfants est infaillible,

 

lui ne sait  pas même à qui s'adresser. Très loin,

 

il n'aperçoit qu'une silhouette indécise, et qu'il se hâte,

 

qu'il traque en ce qui reste de mémoire

 

un nom où s'enchante un visage, il garde les yeux secs,

 

les lèvres rêches. Hors de portée, interdit, le jardin.

 

Les plus hauts murs pourtant sont franchis par des branches

 

de lilas, de glycine. «Reviens «, dit-il encore,

 

sans préférence il se revoit ramassant des pétales,

 

se redressant vers les nuages, du soleil à l'ombre,

 

de l'ombre au soleil, dans les allées interminables.

 

« Ce ne peut être à moi seul que je parle. » Secrètement,

 

quand sa vue baisse, que son langage se réduit,

 

la confiance est innée, qui nous dirige : l'entrée,

 

la brèche, il repousse les ronces, il accepte en larmes

 

la main qui l'invite. L'enfant n'a pas vieilli,

 

à qui il disait « tu «. Il n'ajoutera aucun mot,

 

ceux qu'il n'a pas su dire, le poème les souffle,

 

il est passé sous l'arc-en-ciel.

 

Pierre Dhainaut inThauma Couleurs, Lumière Revue de philosophie et de poésie numéro 11. 

La Compagnie des Argonautes.

21:16 | Lien permanent | Françoise

04.02.2015

Envoi n°192. Jean-Pierre Thuillat "Spleen du soir"

SPLEEN DU SOIR

 

A présent

avec le soir qui tombe

semblable à chaque soir pourtant

c'est l'eau qui monte en toi comme

si le jour refusait de s'achever si vite

 

comme s'il avait encore

quelque chose à te dire

avant que de s'éteindre

pour toujours dans tes yeux

 

et qu’il cherchait

dans la cime des arbres

cette Parole perpétuée que les ténèbres

tentent d'éliminer à jamais de ce monde.

 

Jean-Pierre Thuillat Dans les ruines

 

précédé de Marmailles et suivi de Mutants. Éditions L'Arrière-Pays. 2014.

18:50 | Lien permanent | Françoise