07.01.2015
Envoi n°188. G.-E. Clancier "Pourtant nous l'aurons aimée..."
Pourtant nous l'aurons aimée la douce amère,
Nous l'aurons aimée de toute notre vie la vie
Avec son odeur, sa fraîcheur, et sa soie des premiers matins
Quand la ville est promesse et l'aube une chanson.
Nous l'aurons aimée comme on aime une femme,
Comme on aime un enfant si clair que goutte d'eau,
Comme on respire la rose au soleil de Juin,
Comme on tient dans sa main la main d'une mère.
Nous l'aurons regardée à perte de vue
Jusqu'au vertige, ô ciel plus vaste que le ciel,
Nous l'aurons écoutée sourdre et chanter, source
Toujours verte et nouvelle au lointain,
Et jamais non plus ne finissait notre soif.
Nous l'aurons aimée quand même et malgré
Les monstres du passé, les monstres de nos jours,
Malgré cette façon de renaître toujours
Qu'ils prenaient, avec des noms et des yeux d'hommes,
Monstres connus, inconnus, au-dehors, en nous-mêmes,
Valets de la mort travestis en vivants,
Nous l'aurons aimée comme on lance un défi.
Mais ils la rongent la vie, mais ils la vident
La vie, la belle, de son sang, de sa couleur
Et vient l'heure où je ne saurai plus
Éveil perpétuel que nous t'avons aimé.
Georges-Emmanuel Clancier Terres de mémoire. Éditions La Table Ronde. 2003
15:43 | Lien permanent | Françoise
31.12.2014
Envoi n°187. Valérie Rouzeau." Je pense aux personnes merveilleuses..."
Je pense aux personnes merveilleuses de ma vie je pense à
vous mes amis vous mes inconnus innombrables je
pense à Robert Desnos dont les yeux étaient des perles
je pense à Rimbaud le jeune homme vert qui rougissait
jusqu'aux oreilles je pense à d'Aubigné couché avec ses
pistolets
Je pense aux personnes à merveille dans ma vie mes frères loin
mes potes en allés mes jamais rencontrés je pense au cœur de
ma mère solitaire je pense sur la tête de mon père je pense à
mes aïeux en rangs d'oignons dessous la terre je pense à ma
grand-mère sempiternelle qui avait le blues toujours dans sa
vieille blouse
Je pense aux personnes de merveilleuses à vie je pense à
leurs coups de mains je pense à leurs coups de pieds au
soleil cou coupé et à baise m'encore je pense à leurs coups
de reins je pense à leurs coups de dés
Je pense aux personnes qui me merveillent la vie d'hier à
aujourd'hui et jusqu'au lendemain la merveille de leurs voix
de leurs rires et chagrins je pense à eux longtemps je pense
à eux très vite je pense à elles aussi je pense partout à lui
Je pense aux personnes dans ma vie merveilleusement je pense
merveilleusement aux personnes de ma vie car je n'oublie
personne personne et pas même moi je pense à tout le
monde et m'y trouve comprise je pense à moi qui pense à
vous et à merveille
(extrait de Va où)
Valérie Rouzeau
in Vibrations en Partage. Les Moments poétiques d'Aurillac.
Janvier 2006- mai 2013. page 107. Éditions La Porte des Poètes – Théâtre d'Aurillac. 2014.
18:54 | Lien permanent | Françoise
24.12.2014
Envoi n°186. Thierry Metz "Cela peut durer longtemps..."
6
Cela peut durer longtemps
porter le nuage
débroussailler et comment le dire alors
tout ce qui se tient
sur l'échelle
hors du cadastre habité
si l'homme ici
avait suivi le merle.
Thierry Metz En ce lieu comme une source
in Revue Diérèse 52/53. Poésie et littérature. Printemps 2011. page 166.
18:35 | Lien permanent | Françoise
