29.07.2015
Envoi n°212. Umberto Saba "La Chèvre".
La chèvre
J’ai parlé à une chèvre.
Elle était seule sur le pré, elle était attachée.
Repue d’herbe, trempée
de pluie, elle bêlait.
Ce bêlement égal était frère
de ma douleur. Et je répondis, d’abord
par jeu, puis parce que la douleur est éternelle,
n’a qu’une voix qui ne varie pas.
Cette voix je l’entendais
gémir en une chèvre solitaire.
En une chèvre au visage sémite
j’entendais se lamenter tout autre mal,
toute autre vie.
Umberto Saba Du Canzoniere La Différence, Paris 1992, traduit de l’italien par Philippe Renard et Bernard Simeone in D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du XX° siècle, choisis par Philippe Jaccottet. La Dogana, Genève, 2005
19:52 | Lien permanent | Françoise
22.07.2015
Envoi n°211. Umberto Saba "Ulysse"
Ulysse
J’ai navigué dans ma jeunesse
tout le long des côtes dalmates.
A fleur d’eau des îlots, où parfois
- rarement – un oiseau immobile
guettait sa proie ; ils étaient couverts d’algues,
glissants dans le soleil et beaux comme émeraudes.
Puis la marée, la nuit les annulaient et les voiles alors
dérivaient sous le vent et s’en allaient au large
pour en fuir le danger. Aujourd’hui mon royaume
est cette terre de personne. Le port
allume pour d’autres ses feux. Quant à moi,
me pousse vers le large encore un esprit indompté
et de la vie le douloureux amour.
Umberto Saba Comme on cherche un trésor La Dogana, Genève, 2005, traduit de l’italien par Franc Ducros in D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du XX° siècle choisis par Philippe Jaccottet. La Dogana, Genève, 2005.
23:12 | Lien permanent | Françoise
15.07.2015
Envoi n°210. Anne Perrier "Voici ma place..."
Voici ma place
Pour l’éternité
Une chaise de paille basse
Le silence et l’été
Un mur que le ciel a fendu
Comme une rue
Et mon âme qui s’habitue
A dire tu
Anne Perrier Le petit pré, Payot/Lausanne, 1960 - in PoeSie 1, N°32, La nouvelle poésie française de Suisse, juillet-août 1973.
14:18 | Lien permanent | Françoise
