09.09.2015
Envoi n°218. Jean Pichet "Petite feuille"
PETITE FEUILLE
Sur une route à travers bois
Tu largues ton arbre,
Petite feuille, pour la lumière
Qui passe là en compagnie
D’un vent léger comme toi.
Et de là vous allez
Où va ce qui s’en va
Vivre infiniment loin
Dans le regard du cœur,
Sous l’écorce d’oubli,
Au faîte de l’air frais.
Jean Pichet L’oiseau rare in Une poignée de feuilles, éditions L’Arrière-Pays, 2015.
19:12 | Lien permanent | Françoise
02.09.2015
Envoi n°217. Jean Pichet "Le Bouquet"
LE BOUQUET.
Dans un vase parfait,
Qu’elle seule voit,
Elle dispose des fleurs
Qu’elle seule connaît.
Le ciel, à sa fenêtre, est un cristal
Enrobé de velours. Au jardin, le vent
Promène des feuilles mortes
Sur l’herbe mouillée…
Un beau nuage est loin, déjà.
Le soir vient.
Elle entend des enfants jouer
Dans la pénombre, avec des cris
D’oiseaux marins. Elle brise le vase
D’un battement de cils. Regarde
Se faner ces fleurs
Qu’elle ne connaît plus…
Et saute par la fenêtre.
Jean Pichet Les Gens du rêve in Une poignée de feuilles, Editions L’Arrière-Pays, 2015.
19:19 | Lien permanent | Françoise
26.08.2015
Envoi n°216. Frédéric-Jacques Temple " Lettre à René Depestre"
Lettre à René Depestre*.
Ce soir à Nantes
où sont les archives de l’ébène, **
j’ai lu de tes poèmes
odeurs et feux de Jacmel*
dans la lumière mûre
du soleil créole
et le vent indigo.
Tes mots vibraient
comme les cordages des voiliers
croisant au large de mornes***
pistaches et femelles
cajolés par les pluies de l’été
dans l’ivresse des colibris
frémissant du sucre et de vanille.
Frédéric-Jacques Temple, extrait de Phares, balises et feux brefs, suivi de Périples, éditions Bruno Doucey, 2012 in Françoise Siri Le Panorama des Poètes, Enquête sur la poésie francophone du XXIe siècle. Lemieux éditeur, 2015.
*René Depestre est un poète et écrivain né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.
** A Nantes se trouve le Mémorial de l’abolition de l’esclavage.
***« morne » : (nom masculin, mot créole, de l'espagnol morro, monticule) : Aux Antilles, toute hauteur de forme arrondie.
19:16 | Lien permanent | Françoise
